Le Jardin éphémère de la Place Stanislas

Impatiemment attendu chaque année, le Jardin Éphémère fait son grand retour sur la place Stanislas du 30 septembre au 5 novembre 2017.

Place à l'Arbre

L'arbre prend toute sa place. Lui si silencieux, invisible pour certains citadins bien trop pressés, se frévèle danbs l'espace unique de l'ensemble XVIIIème. Comment auraient réagi Stanislas, dernier duc de Lorraine et son architecte en chef Léopold Emmanuel Héré de Corny ? Sans doute auraient-ils été surpris de l’irruption des arbres au cœur d’une création minérale. Mais, au siècle des Lumières, Stanislas et sa suite auraient aussi noté l’audace artistique.

Le 14e jardin éphémère de la Place Stanislas fait donc la part belle à une forêt urbaine qui se déploie pour quelques semaines. La densité arborée se raconte en plusieurs récits. Car l’arbre est multiple. Si son esthétique est évidente, il est aussi un acteur écologique de premier plan.

Ce végétal est un climatiseur urbain naturel. Avec lui, les étés torrides sont un peu plus supportables. L’homme qui se rafraîchit à son ombre peut aussi s’appuyer sur les chênes, érables, hêtres, charmes et toutes ces essences d’arbres engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les géants des forêts et des villes épongent les excès de gaz carbonique néfastes à la couche d’ozone. Et lorsque le végétal transforme le CO2 en oxygène, l’humanité s’époumone de joie.

Et pourtant, le bois qu’offre généreusement l’arbre, ce bois construction, ce bois énergie, ce bois vital, est honteusement surexploité. Les ressources sont pillées dans de nombreuses forêts, en particulier sous les tropiques. Partout sur la planète, les équilibres millénaires sont menacés. Et quand un arbre disparaît, c’est une bibliothèque de biodiversité qui s’écroule. En effet, on est loin de connaître tout ce que ces végétaux exceptionnels peuvent apporter à l’être humain. Certains, comme l’if, sont sources médicamenteuses pour lutter contre les cancers. Le dormeur avisé vivrait plus longtemps dans une chambre à coucher en pinus cimbra ou pin d’Arolle dont les fragrances apaisantes ralentiraient significativement le rythme cardiaque.

Avec ce jardin éphémère qu’ils ont entièrement conçu et réalisé, les jardiniers de la ville de Nancy se refusent à scier la branche sur laquelle l’homme peut (encore) s’asseoir. Ne perdez plus de temps, prenez place auprès des arbres qui peuplent les 12 scènes végétales...

Timelapse du montage

Une semaine de construction, accélérée en deux minutes !

Les 12 scènes végétales

1 - Tige tronc

Chez les plantes, la tige est la partie aérienne ou souterraine qui prolonge la racine. Elle porte fièrement bourgeons et feuilles. Chez les arbres et les plantes ligneuses, on parle de tronc. C'est un axe, généralement vertical généralement. Dans le jardin, le tunnel de culture horticole s'est métamorphosé en tige de la feuille ou en tronc, c'est selon.

Il s'est progressivement couvert d'une écorce de lattes-de-bois, il s'est enfin tourné vers le centre de la place. Lentement, comme la sève qui circule dans les veines de l'arbre ou de la feuille, le visiteur progresse et rencontre le jardin. Et l'un nourrit l'autre.

2 - L'Arbœuf

Cette année, une œuvre artistique est intégrée au jardin. Le projet de l'artiste Rachid KhimouneArbœuf, est produit en partenariat avec l'École de la 2ème chance et avec le soutien financier de la fondation Edith Cresson, de la Banque Populaire Alsace Lorrraine Champagne, de la Ville de Nancy et de la Métropole du Grand Nancy. Dans un univers très personnel, le sculpteur renoue régulièrement avec les mythes originels. Pour l'éphémère d'un jardin, il imagine l'Arbœuf, mariage symbolique de la vie animale et végétale. L'œuf est la maison, l'espace où la vie éclot. L'arbre peut alors la porter comme le squelette porte le corps.

Rachid Khimoune est né en France en 1953 à Decazeville (Aveyron), de parents d'origine berbère. Diplômé de l'École Supérieure des Beaux Arts de paris en 1974, il pratique d'abord la peinture avant de se tourner vers la sculpture. Avec ses nombreuses réalisations monumentales, il est représenté dans plusieurs musées, collections publiques et privées en France et à l'étranger.

3 - Au Charbon !

Dans les forêts, vivait le charbonnier. Le charbon de bois était l'or noir d'avant le pétrole. Au XIXe siècle, le combustible carbonisé a fait la fortune de certains. La fumée s'élevait en colonnes erratiques. Le bois, la charbonnette en monticules soigneusement imbriqués, se consumait doucement. L'humidité des bûches était asséchée par la fournaise, l'énergie se donnait à l'Homme, bien après la mort végétative de la vieille branche ou du tronc vigoureux.

4 - Coup de bambou

Une crise du genre de celle que nos coloniaux appellent « coup de bambou ». L'anthropologue et ethnologue français, Claude Lévi-Strauss, dans Tristes tropiques, évoque cette folie qui s'emparait parfois brutalement des explorateurs au cœur des forêts inextricables. Le bambou est pourtant un végétal d'un naturel tranquille, flexible, qui se balance aux vents forts et plis sans rompre. D'ailleurs, dans « le chêne ou le roseau », la fable de la Fontaine, était-ce vraiment un roseau qui a battu le chêne... ou un bambou ? Observez-le et dessinez-le dans sa clairière florale. Coup de bambou, coup de crayon.

5 - Biosphère III

Dans les années 1990, Biospère II était le nom d'un site expérimental, perdu dans le désert du Nevada. Dans un immense dôme fermé, ses concepteurs voulaient reproduire une vie confinée. Le dôme Biosphère II devait ensuite voyager sur la planète Mars. Le projet a échoué, prouvant toute la difficulté de se substituer à la nature. À Nancy, Biosphère III,  décline poétiquement l'idée , pour inciter ses occupants éphémères à préserver ce que nous avons déjà sur notre bonne vieille terre. Les arbres nous protègent des excès de chaleur et nous fournissant l'oxygène gratuitement, sans demander de contrepartie. 

6 - Scène de cime

La scène se passe sous la statue de Stanislas. Dans la forêt éphémère, une clairière s'est dessinée librement; C'est une agora sur la place, un lieu ouvert aux débats. Sur ces planches de bois brut, les orateurs se succèdent après chaque visite guidée du jardin. Ils sont botanistes, artistes, scientifiques. Tous célèbrent l'arbre à leur manière. Avec leurs mots, ils vous emmènent dans l'univers secret de ces grands végétaux. L'arbre a beaucoup à nous apprendre. Discret, il ne se met pas souvent en scène. L'écouter parler est utile.

7 - Tabler sur la croissance

La croissance n'est pas toujours là où les économistes la cherchent. Prenez un arbre. Il croît régulièrement, fait son bois. Le volume du tronc augmente. Pour l'arbre table, c'est la même chose; Plus son plateau s'agrandit, plus les humains sont nombreux à s'attabler. Il contemplent alors les cernes de croissance, se font face, échangent. En Afrique, l'arbre à palabre est au centre du village; Sous ses branches, les conflits s'apaisent. Dans le Jardin éphémère, il y a maintenant cette table hybride, mi mobilier, mi végétal, qui accueille la discussion.

8 - Bourgeon miroir

Le bourgeon donne naissance aux branches, aux feuilles et aux fruits. Élément de l'architecture de la plante, il devient ici création humaine. Il a poussé dans les airs, propulsé par l'invention d'un jeune charpentier compagnon du Devoir et du Tour de France. Il se contorsionne, vrille pour atteindre enfin la canopée, les hauteurs d'un arbre imaginaire. Seul bémol, les branches tourmentées du bourgeon sont narcissiques. Elles aiment à se refléter sans fin dans un miroir. Un autre bourgeon, symétrique du premier, pousse alors en terre, comme une racine esthétique. 

9 - Foyer tropical

Sous les tropiques, comme dans un jardin, l'eau est source de vie; Le liquide vital s'est même invité à l'intérieur d'une maison tropicale, il se fraye un chemin dans la jungle, file d'un arbre à un autre, et croise des espèces végétales et animales bien étranges. Les perruches à collier ont ainsi quitté leur nid exotique pour s'installer sous nos latitudes. Ce qui n'est pas sans poser problème à leurs voisins ailés. Autre signe d'un réchauffement climatique aux conséquences inattendues, des hamacs urbains replacent les bancs publics, les palmiers repoussent les  platanes et, brusquement, les cascades jaillissent sur la place.

10 - Lisières

Comme un rituel de passage, la lisière invite à faire irruption dans un monde de différences, à se projeter dans une forêt mystérieuse, symbole des fantasmes et des peurs primaires. Le visiteur se rassure, bien caché sous les feuillages, à l'abri des intempéries de la vie. Dans cet espace de transition, la barrière végétale n'est qu'un frontière bien poreuse, une peau naturelle qui respire doucement, librement. À sa surface, les prairies fleurissent, puis les herbes et fougères mêlent leurs verts aux ombres des sous-bois. Tout est ordonné, coordonné. Les arbres, être sensibles, sont attentifs à leur entourage. L'homme, s'il reste humble et respectueux, est le bienvenu sous leurs frondaisons.

11 - Arbres moutons

Survoler la forêt équatoriale. Un rêve merveilleux d'immensité botanique. Des millions d'arbres serrés, tels des moutons qui n'auraient plus besoin de berger, guidés par la seule force de la chlorophylle. À perte de vue, ils dessinent un tapis végétal floconneux, un drap organique que seules les rivières viennent froisser. Sur la place Stanislas, les érables japonais remplacent les essences tropicales. Les érables, d'habitude si sages, veulent aussi goûter au délire des espaces vierges, à l'exubérance des forêts primaires.

12 - Bois, forêts, Vosges

Il y a bien longtemps que la forêt vosgienne est sortie du bois. C'est elle qui a inspiré les concepteurs de jardins des XIXe et XXe siècle. Incarnation végétale d'une nature dense, sauvage. Les conifères surplombent des sentiers humides à l'humus souple et odorant. L'eau des ruisseaux, des ruisselets et des brumes irrigue la terre sombre. Les épais tapis de mousses colonisent les roches, les graviers, les sentes caillouteuses. Ce spectacle, les arbres centenaires le contemplent, placides, étonnés de voir toute cette exubérance organique s'épanouir naturellement sur les pavés.

Le Jardin éphémère en chiffres

  • 315 m de périmètre du limbe de la feuille
  • 359 m de périmètre totale de la feuille
  • 12 scènes végétales
  • 277 assisses
  • 192 m de barrière ganivelle
  • 52 m de clôture végétale
  • 840 m² de gazon
  • 123 m de platelage
  • 10 m³ de bois
  • 1 100m de câbles électriques
  • 350 m de cordon lumineux
  • 207 spots
  • 250 champignons en céramique
  • 50 nichoirs
  • 8 radeaux
  • 214 arbres
  • 106 m² de tapis végétaux
  • 46 jardinières

Informations annexes au site

En complément