De la place Thiers à la place Simone Veil

Le 17 juillet 2018, la place Thiers est officiellement devenue la place Simone Veil. Ce changement de nom est autant un hommage à la première femme à avoir exercé la responsabilité de Président du Parlement Européen que le signal d’une page qui se tourne. Nouveau bâtiment, extension de la gare, terrasses, plantations, animations… : c’est un projet global qui démarre et qui alimente des questions légitimes.

Centre névralgique de la Métropole avec sa gare TGV et ses 9 millions de voyageurs annuels, la Place Thiers a été réaménagée une première fois en 2013, en lien avec le projet « Nancy Grand Cœur ». Une nouvelle dalle d’accès à la gare a été créée, ainsi qu’un parvis bas dédié à un parking connecté aux quais. Aujourd'hui, une nouvelle phase s’engage pour embellir la place et la rendre plus vivante.

Premier élément de transformation, dont on parle peu alors qu’il est très important : entre fin 2018 et fin 2019, Gares et connexions, filiale de la SNCF, va étendre la surface actuelle de la gare : deux galeries commerciales tout en transparence vont être construites, pour une surface totale de 1200 m². La gare s’intégrera ainsi davantage comme un élément de la ville à part entière, notamment grâce à sa brasserie.

« Emblème », signé par Laurent Baudoin

Second élément de transformation : le projet « Emblème », un immeuble réalisé par l’opérateur immobilier Nouvel Habitat, avec l’architecte nancéien Laurent Beaudoin, en remplacement de l’ancienne galerie commerciale accolée à la Tour Thiers. 

Pensé pour être en harmonie avec les immeubles alentour, à une même hauteur, il offrira une perspective plus large sur la façade de l’Excelsior, emblématique de l’Art nouveau à Nancy. Son premier étage sera dédié à des bureaux et les six autres à des logements, tandis que le rez-de-chaussée accueillera des commerces avec une terrasse plantée d’arbres. Ses deux  derniers étages, en retrait, seront dotés de loggias et d’un toit jardin. Dernier élément : la Ville de Nancy souhaite amplifier la dynamique d’animation de la place. Initiée par des expositions temporaires et par la patinoire installée à l’occasion des festivités de Saint-Nicolas, elle sera prolongée par les nouvelles terrasses plantées mais aussi par la création d’une nouvelle  entrée de l’Hôtel Mercure. En 2019, une oeuvre d’art rendant hommage à l’action pour la paix et la construction européenne menée par Simone Veil sera aussi installée. Elle fait l’objet d’une commande artistique.

Démêler le vrai du faux

Elles sont à l’origine d’une polémique et d’un recours déposé devant le Tribunal Administratif. Réponse à quatre contre vérités qui entourent le projet.

« On peut détruire la Tour Thiers, qui de toute façon est vide. » 
C’EST FAUX. 

La Tour Thiers est une copropriété privée, dont le taux de vacance est inférieur à 15%. Elle abrite l’Hôtel Mercure, qui vient d’investir pour passer en 4 étoiles en 2017, une résidence universitaire de service et un regroupement d’activités tertiaires privées et publiques, avec notamment l’Agence Territoriale de la Région Grand Est. Avant même de parler du coût de démolition, estimé à plus de 50 millions d’euros, il faudrait donc engager de très nombreuses expropriations longues et coûteuses.

« Le bâtiment EMBLÈME est une Tour Thiers 2 qui va défigurer la place et masquer l’Excelsior. »
C’EST FAUX.

Ce projet respecte les préconisations de taille et de matériaux demandées par l’Architecte des Bâtiments de France, qui a donné un avis favorable. Rappelons qu’il fera 27 mètres de hauteur, quand la Tour Thiers en fait 90 ! En retrait par rapport à l’actuelle galerie marchande, il dégagera la vue sur l’Excelsior depuis la gare. Enfin, il va permettre de remplacer les friches commerciales et la boite de nuit qui suscite des nuisances régulièrement signalées à la mairie.

« C’est un projet minéral et anti-écologique. » 
C’EST FAUX

Pourvu d’une toiture végétalisée, conforme aux normes de la RT 2012, le bâtiment Emblème sera relié à la chaufferie biomasse du réseau de chauffage urbain du Grand Nancy. Surtout, il va permettre de relier l’ensemble de la Tour Thiers à ce réseau, ce qui va entraîner d’importantes économies et réduire les émissions de CO². Son parvis sera planté d’arbres en pleine terre. Enfin, l’immeuble s’inscrit, comme ceux qui sont construit actuellement autour du Pont des Fusillés, dans le respect du principe écologique de densification urbaine. 

« La mairie n’écoute pas les critiques ni les opposants. » 
C’EST FAUX.

Le dialogue avec l’Architecte des Bâtiments de France et les riverains a permis d’ajuster le projet, qui est passé de 6600 m² à 4700 m². Quatre réunions publiques ont eu lieu sur le projet. Les opposants ont été reçus par le maire.

Laurent Hénart

« Nancy n’est jamais figée, elle évolue et elle évoluera toujours. La place Thiers que certains ont connu, avant les années 1970, ne deviendra pas. Il est temps de tourner cette page. Nous allons lui donner un autre nom et la faire vivre, avec un projet global qui associe terrasses, logements, agrandissement de la gare, commande artistique, règlement des problèmes d’insécurité, notamment la nuit, dont les Nancéiens me parlent. »

Béatrice Leloup, directrice de l'agence Gares Est Européen de Gares et connexions

« En plus d’une modernisation architecturale, notre projet vise à diversifier l’offre commerciale de la gare et a accueillir un restaurant pour lequel nous recherchons un chef étoilé. Nous sommes totalement en phase avec l’intention de la Ville de Nancy et le projet Nancy Grand Cœur en général : proposer une gare qui apporte des services à même de valoriser et de dynamiser un quartier. »

Laurent Beaudoin, architecte du projet "Emblème"

Notre projet accompagne un contexte, ce n’est pas un objet isolé. Il jouera un rôle de lien, de continuité avec l’existant, la tour Thiers comme les bâtiments historiques. La possibilité de revégétaliser la place nous a beaucoup importé, avec le toit-jardin, les terrasses et de grands arbres qui seront visibles aussi bien depuis la place Simone Veil que la rue Raymond Poincaré.

Situer