Les Bibliothèques de Nancy

La Bibliothèque Stanislas conserve un fonds important d’ouvrages sur saint Nicolas. De la représentation de Saint Nicolas dans le livre de prières de Madeleine d’Azay datant du XVIe siècle au dernier album le grimoire de Saint Nicolas de Juliette Saumande et Adeline Avril, la collection de la bibliothèque comprend plus de 200 documents. Des livres et des gravures constituent à ce jour la mémoire de l’évêque de Myre. Les nouvelles parutions font l’objet d’une veille constante.

Aujourd’hui la Bibliothèque Stanislas fait appel aux nancéiens et lorrains souhaitant faire un don de documents anciens ou plus récents. Livres, gravures mais aussi affiches,  cartes postales, autocollants ou  images de pain d’épices …. ainsi déposés viendront enrichir cette collection, véritable témoin du culte voué par la Lorraine à son Saint Patron.

L’âne de saint Nicolas

Monsieur l’auteur,

Vous me racontez les exploits de Saint-Nicolas. Vous vous extasiez devant sa générosité et la rapidité de ses distributions. Des millions d’enfants récompensés en une seule nuit ! Vous m’oubliez ! Vous me négligez !  Vous me méprisez !

Laissez-moi vous dire : sans moi, Saint-Nicolas n’est rien !

Oh, je le sais bien, on se moque facilement de moi. Mes grandes oreilles seraient le signe de mon refus d’entendre,  donc de coopérer avec les hommes.

Les anciens Egyptiens m’appelaient Typhon-Set, symbole des forces de l’ignorance, image de l’homme profane qui refuse de se faire initier. Les mauvais écoliers ne portaient-ils pas un « bonnet d’âne » ?

Que n’a t-on pas raconté sur moi ? Depuis le XVe siècle, l’expression « Bête comme un âne » s’est répandue. Croyez moi, Monsieur l’auteur, cela nuit beaucoup à ma famille. Cela ne rend pas justice à notre dévouement et à notre gentillesse…

Allez je vous laisse ; je dois me préparer. C’est une longue nuit avec saint Nicolas. Moi, je l’aime mon maître. Sans lui, je ne suis rien et tous ces enfants sont si mignons. Finalement je suis heureux de ce travail.

L’âne de saint Nicolas

PS : s’il vous plait monsieur l’auteur, demandez aux enfants de mettre une petite assiette près de la cheminée où ils attendent leurs jouets. Une carotte, quelques sucres, peut-être des gâteaux. Cela fait plaisir et je peux rependre des forces. Merci

Extrait De saint Nicolas au Père Noël/Philippe  MARTIN. Editions l ’Alsace, 2010. p. 36-37 Cote 10 958

La saint Nicolas

Qu’on le veuille ou non, rien ne serait plus absurde que de prétendre que la popularité du grand saint Nicolas soit en décroissance.

L’approche de sa fête met la ville en émoi et provoque une invasion sans cesse renouvelée des magasins de jouets. Si l’on veut une idée de la confiance absolue que les enfants de nos contrées ont gardée à la séculaire tradition, qu’on lise cette lettre qui nous est tombée dans les mains et dont nous respectons scrupuleusement le style, la ponctuation et l’orthographe :

« Mon cher saint Nicolat, je vous écrit cette petite lettre pour vous dire que travaille mieux.

« Je serais bien content si vous m’apportiez une boîte à couleur avec des pinceaux des petits boles pour nettoyer mes pinceaux. J’aimerait aussi un navire avec un petit marin dedans avec des voiles et une chaloupe.

« Je crois que mon petit frère voudrait un ménage parce qu’il casse le ménage de ma sœur et qu’elle le bat.

« Il ne faut pas que vous veniez par la cheminée de notre chambre parce qu’elle est fermé et qu’il y a un fourneau avec une buse qui vous jainerait pour passer nous mettrons nos souliers au salon avec un peu d’avoine pour votre bourrique, et que vous viendrez pour moi l’anné prochène.

« Arvoir mon cher saint Nicolas, je vous salus de tout mon cœur. »

Extrait de Etrennes nancéiennes. 1906. p. 49

La saint Nicolas en Lorraine

Pour l’enfant qui s’est éveillé tôt, cette journée est interminable.

Joyeux et inquiet à la fois, en l’attente des surprises que lui réserve le grand saint à la barbe d’argent, il trouve la maitresse plus lente que de coutume, à conter l’histoire de  Joseph vendu par ses frères ; tandis que ronfle, sonore, le grand poêle de fonte et que, peu à peu, les vitraux de givre, étoiles et palmiers cristallisés, s’atténuent aux fenêtres.

Enfin quatre heurs sonnent ! Point de goûter : il s’agit bien de tartines ! Vers la maison paternelle il faut courir, par les rues où la bise pique, où le pavé résonne, car il gèle sec…

Les passants se hâtent, le ciel parait s’abaisser et des lumières s’allument, des volets se ferment.

Doucement la neige commence à floconner, et, dans la ville paisible, des clochettes jacassent à sons menus, annonçant l’apparition de saint Nicolas pour le bonheur des tout petits.

L’enfant a rejoint ses cousins, ses amis, dans la grande chambre illuminée et chaude. Le cœur battant, les yeux extasiés, apeurés presque, on s’agenouille pour recevoir l’évêque imposant, d’or et de blanc vêtu, qui, majestueux et doux, laisse tomber sur chacun des bénédictions ou des réprimandes. Son fidèle Fouettard, tout en bougonnant, remplit de sucreries les petites mains tendues, - ô douceur du présent – mais sans oublier, hélas ! de distribuer quelques verges pour les fessées futures, amertume de l’avenir.

Malgré sa joie, l’enfant, jusqu’à son coucher, n’a cessé de fixer curieusement son père…

Sitôt la prière dite, après un dernier coup d’œil aux souliers placés sous la cheminée, où, demain à l’aube, il trouvera les soldats de plomb ou le cheval mécanique tant  désirés, il se glisse dans la gaine douillette de son petit lit. Mais soudain, il rappelle sa mère, et, tout bas à l’oreille, lui risque cet aveu : qu’il aime surtout saint Nicolas parce qu’il ressemble à papa. Oh ! mais tellement…, il lui manque la même dent !

Par un baiser appuyé, maman dissipe ce doute, puis s’en retourne, souriant, non sans mélancolie ; car elle songe que le petit homme grandit et que l’an prochain déjà il aura perdu sa croyance en cette naïve féerie enfantine !.... premier grain du chapelet, heureusement sans fin, des illusions humaines…

George CHEPFER

Extrait de : La saint Nicolas en Lorraine. Pays lorrain, 1904, p. 383. Cote 755 762

Le cheval et le grelot

Saint Nicolas est une spécialité lorraine. Il annonce l’hiver comme les cloches de Pâques le printemps. Il sonne lui-même sa venue avec une clochette aigrelette qu’il agite de sa main gauche gantée de blanc. Il a une longue barbe blanche bordée de fourrure, un haut bonnet blanc. Il est tout entier rebrodé d’or, de la mitre au bas de ses manches. Et il tient dans la main droite une haute crosse dorée. Il figure ainsi une divinité de neige et d’étoiles. Dans chaque maison, il laisse des jouets en échange de la promesse d’être sage. Je promets toujours, moins par intérêt que pour entendre Saint Nicolas me parler et recevoir la bénédiction de ses doigts blancs élevés sur ma tête. Un dieu-père aux pardons inépuisables entre. Et il laisse derrière lui un sillage d’amour, de respect, et comme une tendre exaltation.

Malheureusement, Père Fouettard l’accompagne, tirant l’âne chargé de cadeaux. Il est enveloppé de la tête aux pieds d’une robe brune à capuchon, son énorme moustache rousse fait trembler.  Il traîne  les pieds en marchant. Sa hotte pleine de martinets. Le martinet est un bâton court, sur lequel pousse un affreux bouquet de lanières de cuir…. Le long de l’année, je taille patiemment, une  à une chaque lanière. Le martinet repousse le soir du six décembre, germé  dans l’affreuse hotte du Père Fouettard. ..

Toute la journée a coulé, ralentie par mon impatience et pressée par mon inquiétude… C’est un soir plus velouté que les autres, plein d’une attente pacifiée. Tout à coup, loin dans la rue, j’entends la sonnette de Saint Nicolas et me lève, raide … Le son se rapproche, à la fois acide et gentillet. Il est dans le couloir. Et voici les pas, des chaussures qui résonnent, là, tout près. Un silence, et par la porte de la cuisine poussée au large, un courant d’air souffle sur mes jambes. Saint Nicolas en personne, avec sa barbe, ses gants, sa crosse et la sonnette, est là, immobile et brillant, démenti vivant à tous les doutes. Derrière lui, sombre comme un puits, s’avance Père Fouettard.

André LINGE

Extrait de Avec-mes–sabots.fr. Une page à l’autre, 2001. Cote 9294

Fête de Saint-Nicolas

Est-il plus naïve légende
Que celle de Saint-Nicolas ?
Lorrains, à qui je le demande,
Vous ne me démentirez pas.

Il n’est saint, à ma souvenance,
Dans tout le royaume des Cieux,
Qui s’occupe ainsi de l’enfance
Et se montre plus gracieux.

Car la veille du six Décembre,
Lui-même apporte ses cadeaux,
Sans même oublier une chambre
Dans le plus lointain des hameaux.

Comment cela peut-il se faire ?
Demandez à Saint Nicolas ;
Moi, je craindrais de lui déplaire
En vous renseignant sur ce cas.

La chose est d’ailleurs sans réplique,
Puisque le grand saint, tous les ans,
Accompagné d’une bourrique,
Nous accorde encor ses présents.

Même que du sol de Lorraine
On a tenté de le bannir,
Mais ni politique ni haine
Ne l’empêcheront de venir.

S’il en est qui ferment leur porte,
Beaucoup d’autres l’ouvrent encor,
Et c’est pour ceux-là qu’il apporte
Friandises et jouets d’or.

Il y a des choses magnifiques,
Qui ne se fabriquent qu’au ciel
Et viennent des mêmes boutiques
Que celles du petit Noël

Mais ne méritent ces merveilles
Que ‘enfant sage et studieux,
Petits sabots, souliers, corbeilles
Restent vides au paresseux.

Hélas ! il y trouve autre chose
Que des bonbons et des cornets,
Et Père Fouettard y dépose
Un de ses plus beaux martinets.

Terrible instrument de supplice
Pour l’enfant qui n’obéit pas
Et qui, pour corriger le vice
Sert même au bon Saint-Nicolas.

C’est ainsi qu’il connait d’avance
Des petits les moindres méfaits
Et que c’est cette connaissance,
Qui le guide dans ses bienfaits.

 Dois-je l’avouer à ma honte ?
Jadis bien désobéissant,
Je reçus aussi pour mon compte
Une verge comme présent. 

Le saint prit son air le plus grave
Et me traita de polisson…
Sait-on ce qu’il faut être brave
Pour subir pareille leçon ?

Elle me fut pourtant utile,
Puisque je suis corrigé,
C’est en devenant plus docile
Que je m’en suis le mieux vengé.

Gardez-vous cependant de croire
Que j’en veuille à Saint-Nicolas ;
Je vénère trop la mémoire
Du plus illustre des prélats.

Eugène Watrin/Echos poétiques de Lorraine. Guénange, 1910. p. 255-257. Cote 1780

Saint Nicolas et les trois glaneurs

Le cinq décembre au soir, dans toute la Lorraine endormie  sous une épaisse houppelande blanche, règne un climat exceptionnel. Il fait froid au dehors ; le vent hurle dans les arbres décharnés, dénudés. Les branches alourdies par une épaisse carapace de glace, grincent.

A l’intérieur, la veillée est chaleureuse et conviviale.

Dans la grande pièce où la famille se tient réunie, les bûches crépitent joyeusement dans l’âtre.

Chacun s’adonne sans réserve à sa passion.

Le père, calé au creux d’un confortable fauteuil de cuir club, suit maintenant un documentaire télévisé consacré à la fabrication de la bière de Noël, coutume plus que séculaire en Lorraine. Auparavant, il se délectait en regardant un reportage sur le célèbre footballeur  du cru, Michel Platini. La mère brode un abécédaire au point de croix.

L’ainé navigue sur le réseau : il cherche des informations sur l’auteur de Vendredi ou  la vie sauvage. Quel moteur de recherche va l’inviter à consulter le site idoine sur Michel Tournier ?

Quant aux petits, ils feuillent leur album d’images et passent pour la énième fois sur leur magnétophone miniature la cassette de Tom Novembre, qui, inlassablement, répète le conte  de circonstance.

- Filez au lit, à présent !

Mais ils supplient encore, il est trop tôt pour aller se coucher.

Et puis, il leur faut tout préparer en prévision de la visite de saint Nicolas. Déposer une carotte sur le manteau de la cheminée pour la bourrique, un verre de la meilleure mirabelle, pour son maître.

Alors ils s’approchent de leur maman, câlins, ils voudraient qu’elle leur raconte, comme elle sait si bien le faire avec ses mots à elle, le miracle de saint Nicolas.

 « Il était… trois enfants qui s’en allaient glaner aux champs…. ».

Ils savent pourtant, les garnements, que demain le vénérable saint, revêtu de son habit d’apparat et de son surplis de dentelle, mitre sur le chef et crosse dans la senestre –ces dignes insignes de la fonction épiscopale !- se promènera de par les ruelles et venelles de toutes les communes de la région, accompagné de son fidèle Père Fouettard, qui, muni de verges, punit les peureux et paresseux ! Cet horrible personnage au visage couleur charbon, tout dépenaillé, qui fait mine de poursuivre les chenapans ! Et assisté de sa brave mule, timide, placide parmi la foule enthousiaste … chargée de charpagnes, de friandises et jouets.

Au cours de cette tournée solennelle annoncée par le tintement d’une clochette au son aigrelet, l’un prodiguera des bénédictions à toute la population venue l’acclamer, distribuera des compliments et des récompenses aux plus sages, l’autre reprochera aux plus filous et aux plus indociles leurs bêtises, leurs méfaits et mes admonestera…

La tête remplie de rêves et de merveilleux, les petits se laissent border, ils vont dans leurs songes engloutir mille et mille moelleuses figurines en pain d’épice, à l’effigie du prélat, leur patron, et de sa bourrique.

Contes et légendes de Lorraine /Nicole Lazzarini. Editions Ouest-France, 2005. p.201-206. Cote <st1:metricconverter productid="9092 A" w:st="on">9092 A</st1:metricconverter>

Neige noire

… Sur un char qui paraît de charbon, une homme bossu, hirsute, roule des yeux féroces et brandit un immense fouet.  Vêtu d’une tunique de cuir, il hurle et sa voix sort de sa barbe noire comme d’une bouche des Enfers. Il provoque la foule, s’avance au bord de son char, lance des coups de fouets qui claquent dans l’air tandis qu’on le conspue de toutes parts. Je sens les larmes tout au bord des yeux. Je voudrais rentrer à la maison, retrouver notre cuisine, mon chat somnolant près du poêle, mon ours en peluche qui n’a plus qu’un œil mais dont le ventre est si doux. Je ne veux plus voir.  Je ferme mes paupières. Je ne les ouvrirai plus. Je me le jure. Je veux disparaître.

J’entends le son du fouet se rapprocher, les cris de colère du monstre. Il est là. Il est là pour moi. …

Le monstre s’approche encore. Je le sais. Je le sens. J’ouvre les yeux au moment précis où le char passe très près de nous, et où l’homme abominable se précipite de notre côté, vomit un cri effroyable et me regard, oui, me regarde moi, et moi seul, avant d’agiter son fouet au-dessus de ma tête…

Ni les mots de mon père, ni les caresses de ma mère qui me prend dans ses bras et me serre tout contre elle ne peuvent me consoler, ni même quand le char épouvantable de la créature cède la place à celui de saint Nicolas, sainte Majesté qui sourit à tous et nous bénit. Sa barbe blanche et son habit d’argent ne parviennent pas à me consoler, pas plus que son bon sourire…

Pendant des années, j’aurai dans un recoin de ma mémoire le regard du père Fouettard. J’essaierai souvent de condamner cette petite pièce de mon esprit, de fermer sa porte à double tour et d’en jeter la clé. Peine perdue. Les terreurs de mon enfance se nourriront longtemps de ses yeux exorbités, de son visage laid, de cet habit primitif de cuir mal tanné et de ce fouet qui déchirait l’air en même temps que mon bonheur innocent.

Au fond, le bon saint Nicolas n’avait guère de pouvoirs. En tout cas pas celui de vaincre les effrois. Recoller des petits corps coupés en morceaux par un boucher cupide est à la portée de tout le monde. Mais faire disparaître la peur des enfants est une toute autre affaire.

Philippe CLAUDEL

Extrait de Les plus belles Saint-Nicolas en Lorraine/ Marie-Hélène Colin. Editions Place Stanislas, 2009 p. 58-59. Cote 10 708

A ta santé Nicolas

Si nous n’avons pas d’argent
Nous en devons

Saint-Nicolas
Les grandes eaux

A Les grandes eaux, les grands froids

Saint-Nicolas
Amène la neige tout à fait

Neige de Saint-Nicolas
Donne du froid pour trois mois

A Les jours les plus bas

L’hiver est souvent là
Pour

Extrait de Dictons de Lorraine/Jean Lanher, Alain Litaize. PUN, 1985 p.129

Saint Nicolas des mystères

Je n’ai serré la main que d’un seul saint, c’était aux Magasins réunis de Nancy. Ce saint était bleu-blanc-rouge. Bleu par ses petits yeux rieurs et angéliques, Blanc par sa barbe et ses gants qui accueillirent ma main. Rouge par son manteau saupoudré d’étincelles d’or. J’étais très ému et fier d’avoir serré la main de saint Nicolas. C’était d’autant plus merveilleux que le père Fouettard n’était pas venu…

La première fois que j’ai vu le père Fouettard, ce fut rue Saint-Jean, toujours à Nancy…

Pour en revenir au père Fouettard, je puis vous assurer l’avoir vu, non pas de mes yeux mais d’un seul œil ; l’autre était en retrait dans un pli du manteau de ma mère… Menaçant le père Fouettard louvoyait d’un trottoir à l’autre, pétrifiant les enfants  des deux bords de la route. La démarche préhistorique cahotait dans sa robe de bure marron glacé d’hiver. Sa barbe hirsute et noire laissait poindre un gros nez gris, poilu, escorté de deux braises oculaires et méchantes sous un vieux capuchon déformé. Il n’est pas resté longtemps devant ce qu’il restait de moi en agitant son médiéval martinet, mais… il m’avait regardé. Allait-il s’en souvenir et me garde en mémoire ?

Une nuit l’an, saint Nicolas  visitait les foyers lorrains – donc le notre également -. 

Nouvelles questions et nouveaux mystères : comment saint Nicolas descendait-il dans tant de cheminées en une seule nuit ? Comment le saint propre et  le démon sale –le père Fouettard- faisaient-ils descendre l’âne gris dans le conduit large d’un empan ? Et comment cette descente –mais aussi remontée- sans la moindre trace ni le moindre bruit ? Encore et toujours des mystères… Les saints aiment les mystères.

Deux contraintes incontournables présidaient la venue protocolaire Saint Nicolas. Il fallait d’abord cirer nos souliers, puis écrire une lettre d’une écriture appliquée comme celle de la fête des mères, sans faute, ni rature. Alors seulement pouvait-on entamer la fantastique et solennelle mise en place des chaussures devant la cheminée – muette, voire complice du trio « saint, démon, âne ». Et règle protocolaire suivante :   adosser sa lettre aux souliers soigneusement joints, disperser les oranges pour l’âne gris, et enfin déposer une tasse de café pour le père Fouettard – la méritait-il ?

Cette étape s’achevait sur la fermeture des portes du salon devenu presque sanctuaire, la montée quasi religieuse des escaliers et le coucher dans le plus diplomatique silence…

Nicolas le saint était toujours très généreux. L’âne gris avait mangé toutes les oranges. Et le père Fouettard avait laissé la trace noire de sa bouche sur la tasse blanche…

Chaque année, je risquais un œil curieux sur d’introuvables traces du trio dans le conduit de cheminée désespérément muet…comme tous les mystères.

Philippe DELESTRE

Extrait de Les plus belles Saint-Nicolas en Lorraine/ Marie-Hélène Colin. Editions Place Stanislas, 2009 p. 61-63. Cote 10 709

Pour Saint Nicolas

Dans les Vosges, où les coutumes alsaciennes et lorraines se mêlent, décembre est délicieux pour les petits enfants. Chez moi, nous avions les étrennes du Nouvel An, la visite de Saint Nicolas et l’arbre de Noël.

Saint Nicolas, tandis qu’on dort, dépose des cadeaux dans les souliers de ceux qui sont sages.

Comme il vient du ciel et que les fenêtres sont fermées, il descend par la cheminée avec sa belle bourrique et avec le père Fouettard.

C’est un grand saint, mais je le tenais pour un brave homme ; et j’en usai toujours familièrement avec lui. Longtemps après Noël, chacun étant sorti, je criais parfois dans la cheminée : Nicolas ! Nicolas ! pour qu’il m’apportât mon goûter. Pourtant un jour, j’embrassai, en pleurant d’émotion, la jambe d’un ramoneur qui sortait de la cheminée et qui me parut plus qu’un homme.

[…]

Je prétends seulement louer saint Nicolas, qui est de mon pays. Car toi, Nicolas, tu es un saint du soir, un vieux bonhomme, un simple, qui ne troubla jamais que de joie les cœurs naissants.

Je t’aime beaucoup, parce que tu ne m’as jamais donné que de bons sentiments. Comme j’étais doucement attendri, en m’endormant ! Je pensais à tes cadeaux, mais surtout à ta belle bourrique, - à ta bourrique grise et qui rit toujours, m’a-t-on assuré. En voilà une qui était contente de manger la poignée de paille que je lui avais préparée, avec, au milieu, un petit morceau de sucre !

Même la verge que le père Fouettard glisse sournoisement  parmi les cadeaux, tandis que Nicolas remonte la cheminée, n’ajoute qu’un détail charmant au souvenir que je garde de mon réveil : sans doute, voyant le faisceau  de brindilles, j’étais tout d’abord chagriné, mais bien vite, avec de petits compliments tendres, on me rassurait et je comprenais que Fouettard, très ganache, s’était trompé de maison.

J’avais raison Fouettard n’a guère de cervelle. Si les petits enfants veulent bien me lire, je les engage à  mépriser profondément les professeurs, tous les grognons, tous les pompeux qu’ils auront à  subir dès leur première communion. Qu’ils respectent et qu’ils n’aiment que les maîtres indulgents comme Nicolas. L’église l’a bien compris : Fouettard n’est pas un saint ; c’est le valet de la bourrique. Je dirai même qu’autrefois je l’ai soupçonné de manger le sucre de cette bonne bête. […]

Maurice Barrès

In Nancy artiste, n.51-52 (1887, déc) , cote : 755 814

Saint Nicolas

Quel âge as-tu Saint Nicolas?
As-tu vraiment connu le temps
Où mon papa était enfant?
Etait-il plus poli que moi
Et moins souvent dans les nuages?
Ou mangeait- il avec les doigts
En lisant des livres d'images?

Quel âge as-tu Saint Nicolas?
Te souviens-tu de ces années
Où maman berçait sa poupée?
Etait-elle comme aujourd'hui
Aussi douce et aussi jolie?
Aimait-elle déjà les chats
Et les fleurs qu'on ne cueille pas?

Quel âge as-tu Saint Nicolas?
Ton âne est plus bavard que toi
Il m'a dit : Si Saint Nicolas
Malgré les ans ne vieillit pas,
C'est parce qu'il fait du yoga!
Pierre Coran

Site WEB

La fête des autres

« Cher saint Nicolas. Mais oui, c’était bien toi, habillé tout en blanc, avec ta crosse.

Autant te le dire, cher saint Nicolas, je n’ai pas jamais très bien compris à quoi tu servais. A distribuer des bonbons multicolores et des macarons aux enfants, à nous faire croire que tu descendais du ciel offrir des cadeaux aux enfants sages. Que tu étais le père Noël local… Au moins, tu ne nous faisais pas peur. Comme ce méchant père Fouettard qui semblait être ton copain, mais se contentait, lui, d’effrayer tes spectateurs- j’allais dire tes supporters.

Notre célébration d’hiver à nous, avec des cadeaux pour les enfants se nomme Hanouka.

Notre Hanouka, eh oui,  tombait presque en même temps que , la fête des autres.

Je me souviens du cortège joyeux et effrayé, un jour sombre d’hiver verglacé ou enneigé devenu tout à coup illuminé et joyeux. Cher saint Nicolas, tu ne m’en voudras pas, moi le juif de passage sur ta route, de m’être senti étranger à ton rite. J étais figé au garde-à-vous, devant le magasin de mes parents, au 48 précisément de la grande-rue commerçante de Metz, à te  voir défiler si gaiement, suivi cependant de ton malfaisant père Fouettard qui nous faisait si peur avec sa serpette, dispensant maladroitement, mais consciencieusement, des coups aux enfants dissipés .

C’est ce que je suis devenu au fil des ans, le plus fidèle et le plus ardent défenseur des macarons de Nancy, comme de Boulay, des dragées de Verdun comme de la confiture de groseilles de Bar-le-Duc et des croquants de Saint-Mihiel, des bergamotes et des mirabelles, en fruits frais ou séchés, en tarte ou en bocaux, en jus de fruit et en eau-de-vie, comme des bonbons au bourgeon de sapin des Vosges ou des gâteaux Saint-Epvre.

Tu me pardonneras donc, cher saint Nicolas, de ne pas avoir de toi un souvenir plus fidèle, plus précis et plus aimant, sachant que je me suis bien rattrapé depuis… »

Gilles Pudlowski

Extrait de Les plus belles Saint-Nicolas en Lorraine/ Marie-Hélène Colin. Editions Place Stanislas, 2009 p. 89-91. Cote 10 708

Autant en emporte le temps

… Saint-Nicolas en 1978, s’est modernisé. Il arrive, non plus avec sa bourrique, mais en machine à moteur, parfois en hélicoptère. Je l’ai rencontré l’an passée, bloqué dans un embouteillage d’automobiles, pestant avec le père fouettard contre les encombrements de la circulation. Le retard l’ayant peut-être perturbé, il bénissait ensuite du haut de son char avec la main gauche, traçant une sorte de croix de Saint-André sur la foule qui n’attendait que la distribution gratuite des produits publicitaires. Saint Nicolas devient personnage commercial de mauvais goût. Les enfants de chœur sont remplacés par des majorettes. Les coups de klaxons remplacent la traditionnelle clochette. Les temps changent, mais le saint homme garde toujours une certaine renommée au cœur de nos enfants, pourtant blasés de tout posséder. Le charme, la poésie et la signification des fêtes disparaissent au profit du superficiel. de mon enfance s’est bien dégradée… 

… Autant en emporte le temps/ Jean-Marie Cuny. Saint-Nicolas-de-Port, 1979 n.p. Cote : 51 624

La visite de Saint-Nicolas

Dans mon beau pays de Lorraine
On garde un touchant souvenir
Que chaque hiver voit revenir :
C’est le temps des chaussons de laine...
La saison du froid, du verglas
Où l’on attend saint Nicolas !

Si vous n’avez battu personne,
Petits enfants, charmants et doux,
Si vous priez bien à genoux,
Au pauvre, si votre main donne…
Malgré la neige et le verglas,
Pour vous viendra saint Nicolas !

Sachez profiter à l’école
De l’exemple et de la leçon,
Fillette aimable et beau garçon !
Quand l’oiselet bien loin s’envole…
Il s’avance sur le verglas
Pour vous bénir, saint Nicolas !

Il passe devant la boutique
Où s’étalent joujoux, bonbons,
Et dit au marchand : « Sont-ils bons ? »
Puis il charge alors sa bourrique…
Voyez, voyez, sur le verglas,
Marche le grand saint Nicolas !

Et pendant votre sommeil d’ange
Il garnit le petit soulier
Et se garde bien d’oublier
Le pain d’épices qui se mange !
Ne tombez pas sur le verglas,
Allez partout, saint Nicolas !

M.B.   

Extrait de «Etrennes nancéiennes/ Osvald Leroy. 1887 p.73-74. Cote 769 187 

Saint Nicolas,

Saint Nicolas, secours des pauvres,
Saint Nicolas, gardien des voyageurs sur mer et sur terre,
Saint Nicolas, consolateur des affligés,
Saint Nicolas, pasteur du peuple chrétien,
Saint Nicolas, santé des malades,
Saint Nicolas, vainqueur des forces du mal,
Saint Nicolas, libérateur des prisonniers,
Saint Nicolas, père nourricier dans la famine,
Saint Nicolas, qui avez aimé la pauvreté,
Saint Nicolas, modèle de vie évangélique,
Saint Nicolas, qui exaucez ceux qui vous invoquent,

Site WEB

Lundi 6 décembre

C’est aujourd’hui la saint Nicolas, patronale de

A Nancy, elle a passé presque inaperçue cette année. On n’a pas revu les brillants et rutilants Saint-Nicolas de l’an passé, qui s’en allaient visiter et bénir les réfugiés, les blessés, les ambulances, les casernes, les hôpitaux.  Beaucoup de nancéiens sont allés, en revanche à Saint-Nicolas-de-Port, où c’était naturellement la fête patronale ….

Le soir quand on est seul dans la vieille basilique de nos pères, quand les bruits se sont tus…on sent revivre ces siècles d’autrefois, on sent passer les âmes de tous ceux qui sont là, devant ce Bras d’or qui étincelle dans la nuit, comme un fanal d’espoir et de salut.

Pierre Duroc

Extrait de Pages de guerre écrites au jour le jour. 1914-1915. vol.2 p. 2279 et 2281. Cote 4377 (2)

Extrait de Pages de guerre au jour le jour (1917-1918) vol.5

Nous avons eu cette année, hier et aujourd’hui, une fête de saint Nicolas passablement agitée, et dont se souviendra longtemps le benoît Patron des Lorrains, le thaumaturge de Myre.

C’est aux sons du tocsin, c’est au mugissement de la sirène, que le bon saint Nicolas a parcouru les rues, bien noires et bien désertes de Nancy.

Un peu plus, avec son rude compagnon le père Fouettard, avec sa bourrique légendaire, le saint évêque aurait reçu les sinistres dragées de ses ennemis les Boches.

Malgré tout, saint Nicolas n’a pas voulu chômer… et il est venu, fidèle à sa tradition, visiter durant la soirée et toute la nuit, ses chers amis de Lorraine.

Un peu moins riche peut-être, cette année, un peu moins débiteur de douceurs, de pains d’épice, de jouets rutilants ! Mais il est venu quand même…

Viens, couvre encore de ton doux patronage,
Tes vieux amis, les enfants de Lorraine

Extrait de Pages de guerre au jour le jour (1917-1918) vol.5. Cote 4377 (5) p. 5642-5643

Informations annexes au site

En complément