Ils font Nancy

Nicolas Mathieu

Un lorrain a remporté le Prix Goncourt ! On peut lamper la sueur des mots, se tortiller sous leur suavité. On peut lire dans un trouble sombre ou se choquer de l'irrémédiable. En octobre, le deuxième roman de Nicolas Mathieu « Leurs enfants après eux » est alors en lice pour le prix Goncourt 2018.

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Lui – l’écrivain

Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Dès l’âge de sept ans, la vocation des mots est sa certitude, son terrain. Après le lycée, des études d’histoire et de cinéma le mènent à Paris. Il y a peu il revient à Nancy. Il travaille actuellement pour ATMO Grand Est et partage son temps avec l’écriture.

Son premier roman « Aux animaux la guerre » publié chez Actes Sud en 2014 figurait déjà comme une peinture sociétale grinçante lorsqu'une usine fermait dans les Vosges dans une indifférence délétère.

Leurs enfants après eux

« Leurs enfants après eux », son deuxième roman, récompensé lors de cette édition 2018 du Livre sur la Place, lauréat du Prix de la Feuille d’Or (prix de la Ville de Nancy et des médias) campe en Moselle, à Heillange, petite ville imaginée à la frontière luxembourgeoise. Nous sommes dans les années 1990, Anthony est un adolescent des zones pavillonnaires. Dans un contexte socio-économique imprégné par les crises, ses parents absorbent l’inexorable, Anthony, lui, apprivoise les jaillissements de ses 14 ans.

Nicolas Mathieu assemble les mots, aime leurs structures, leurs rythmes, leurs sonorités, comme une marqueterie lâche-t-il. Oui c’est ça, pas de mot qui n’existe sans l’autre dans ses lignes. Le plus perturbant, ce rendu des impressions, ces ressentis, ces sensations d’être caressé.

Dans les établissements scolaires de l’hexagone où il rencontre les lycéens, plusieurs d’entre eux s’avouent choqués par l’abrupt des lignes, le désir déshabillé, la pudeur absente. Effet miroir dérangeant, pans dévoilés de l’adolescence de leurs parents… ? Peu de libertés pour les extra-balls en 2018… 
Quant au portrait social, ils sont loin de l’appréhender, 35 ans qui semblent 100.
Mais l’effet escompté est là, l’intérêt pour la lecture est suscité chez ces jeunes qui maîtrisent reconnaissons-le avec une pointe d’envie, l’art du texto.

Lui, l’homme

Nicolas Mathieu lit des romans, noirs de préférence, des essais, des polars, Annie Ernaux, Jean-Patrick Manchette, des américains, Ernest Hemingway… Il les achète, chez Emmaüs pourquoi pas, ou dans des librairies nancéiennes qui ont une âme policière ou une allure parisienne. Sachez-le, il ne les prête pas.

Si le besoin se fait ressentir parfois de prendre le large, Nicolas Mathieu respire Nancy avec bonheur depuis qu’il y est revenu.
C’est au Parc Sainte Marie qu’il aime se promener et s’arrêter à la brasserie avec son fils. A quelques mètres, les gradins de la piscine Louison Bobet sentent la vie.
Une tarte aux mirabelles, un verre à l’Echanson, un dîner au Grand Sérieux… oubliés les mots pour un temps.

Nous sommes en novembre, l’Académie a écrit son nom, Nicolas Mathieu reçoit le Prix Goncourt 2018, ainsi naît l’effroyable douceur d’appartenir à son sérail.

Edmond Huot de Goncourt, écrivain, est né rue des Carmes à Nancy le 26 mai 1822. A sa mort en 1896, son testament institue l’Académie Goncourt dont le premier prix fut décerné en 1906 à John-Antoine Nau. Depuis 1988, les archives municipales de Nancy accueillent les documents de l'Académie Goncourt, auparavant conservés à Paris.

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