Ils font Nancy

DAUM, 140 ans plus loin

Elle a fait de Nancy l’une des capitales mondiales de l’artisanat de prestige. À l’aube de ses 140 ans, la célèbre cristallerie Daum, installée dans la rue qui porte maintenant son nom, nous a ouvert les portes de ses ateliers, un endroit hors du temps où les pièces d’exceptions côtoient les innovations qui font son développement d'aujourd’hui.

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« Daum a accompagné l’évolution des mouvements artistiques depuis le début du XXème siècle, de l’Art Nouveau aux Arts Décoratifs jusqu'aux sensibilités plus contemporaines. C’est à la fois une histoire d’artisanat, de design et d’industrie, avec toujours une part de l’image de Nancy » résume Bruno Crantz, directeur de l’atelier de création.

Aujourd'hui, la Cristallerie revendique un positionnement équilibré entre tradition et modernité. « Le procédé de base n’a pas vraiment changé : nous appliquons toujours la technique de la cire perdue ressuscitée par Daum en 1968. Ce sont simplement les matériaux qui ont évolué et facilitent le travail » souligne Pascal Lefebvre, directeur industriel. Ce savoir-faire, assuré par des artisans formés à la cristallerie, aura attiré des artistes tels que Dalí, Braque, César ou encore Starck.

De l’Art Nouveau au street-art

Dans les ateliers, on assiste à la réalisation des modèles puis des moules de cire, remplis de cristal de différentes couleurs avant démoulage et finition. Le style de la maison Daum conserve une partie de son identité originelle : motifs floraux, figures animalières, finitions brutes, couleurs fluides aux nuances multiples... Daum aura suivi l’émergence des grandes figures de l’École de Nancy telles que Victor Prouvé ou Louis Majorelle. Le musée de l’École de Nancy ainsi que le Musée des Beaux-arts conservent quelques-unes des plus belles réalisations. Parmi les pièces en attente, on retrouve aussi bien des miniatures animalières qu’un majestueux cygne (ayant nécessité quelque 120 kilos de cristal) ou des bombes de peinture marquées d’un graffiti créées par le street-artiste Kongo. Des réinterprétations de vases « Art déco » sont à l’étude, à l’image de l’iconique lampe champignon qui se transforme pour fêter les 140 ans de la maison Daum et prend le nom de Résonance. On trouve même parmi les collections (deux par an pour 50 à 100 références supplémentaires) qui se tournent aussi vers l’architecture d’intérieur ou les arts de la table, un amplificateur sonore pour smartphone !

Depuis Nancy, tournée vers le monde

L’aventure a bien failli tourner court au milieu des années 2000 : destinée à être délocalisée à Vannes-le-châtel, où se trouve son pôle de production, l’institution nancéienne a bénéficié du soutien de la Ville de Nancy, qui a racheté la friche industrielle jusqu'à ce que Daum puisse reprendre le bail, il y a quelques années. « Au sein du paysage cristallier français, nous étions une quarantaine dans les années 70, aujourd'hui nous ne sommes plus que quelques-uns, rappelle Pascal Lefebvre. Avant, tout le monde avait un service Daum chez soi, mais les logiques de production industrielle ont tout changé : nous avons choisi de rester dans un marché de niche, du luxe et du fait main. » Aujourd'hui, les subtiles colorations des créations de la maison nancéienne se reflètent dans le monde entier. Plus qu’un patrimoine, Daum représente une modernité, par ses recherches techniques incessantes, et surtout par la vivacité et le caractère contemporain d’un savoir-faire made in Nancy.

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