Ils font Nancy

Antoine Reinartz

Nous rencontrons Antoine Reinartz quelques heures avant l’avant-première nancéienne de 120 battements par minute.

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Le film, Grand prix du Jury à Cannes il y a à peine un mois, est présenté à Nancy avant même les projections parisiennes, et Antoine y est pour beaucoup. Il a insisté auprès de la production pour organiser une avant-première en priorité dans « sa » ville. « Je l’ai fait pour mes proches mais aussi pour une ville à laquelle je suis toujours très attaché. »

Bien avant la consécration représentée par le film de Robin Campillo, qui évoque la lutte contre le SIDA en France dans les années 80, Antoine, qui y tient le rôle du président de l’association Act’up, s’est investi très jeune dans sa passion. Originaire de Nomeny, il emménage à Nancy à 15 ans pour suivre l’option théâtre au lycée Chopin, dont l’enseignement est longtemps resté pour lui une référence, et suit en parallèle les cours du Conservatoire de Nancy. Issu d’une famille de six enfants où rien ne le prédestinait à une carrière artistique, il choisit finalement d’entamer des études de management de la solidarité mais la passion finit par l’emporter. « Je me suis rendu compte que j’étais amer, à 23 ans, de ne pas avoir persisté dans la voie théâtrale. J’ai donc décidé de me reconnecter à ce monde de création. »

Un peu de paillettes, beaucoup d’émotions

Antoine parle à cœur ouvert : une sincérité et une générosité qui sont aussi ses mots d’ordre sur scène. Après plusieurs projets au théâtre et au cinéma et la réalisation de quelques courts-métrages viennent 120 battements par minute, la sélection au Festival de Cannes et la récompense. « C’était fou de décrocher un prix attribué par des gens comme Agnès Jaoui ou Pedro Almodovar, dont j’allais voir les films au Caméo à Nancy. Derrière les paillettes, il y a, à Cannes, de grands moment de vérité et d’émotion. » Antoine évoque les pleurs de Marina Foïs, la montée des marches auprès du fondateur d’Act'up, Didier Lestrade, la standing ovation pour ce film qui parle de ce qui était alors une guerre invisible face à l’indifférence tandis que tombait toute une génération. « Il y a peu de films sur le sujet qui se déroulent en France, surtout que celui-ci était très bien écrit, très fin. Ce rôle, je le voulais absolument, je savais qu’il était pour moi ! »

La Manufacture, une famille

Le Théâtre de la Manufacture était un lieu tout indiqué pour rencontrer Antoine : il était sur place l’an passé pour la création de The Events de Ramin Gray avec Romane Bohringer. Il retrouve l’équipe avec plaisir et les embrassades ponctuent notre échange. « Par rapport à d’autres Centres Dramatiques Nationaux que j’ai connu, la Manufacture peut s’enorgueillir d’une super programmation, avec une équipe chaleureuse, comme une vraie famille. The Events a été une création exigeante, j’ai vraiment pu compter sur le soutien de Romane Bohringer, très investie dans la pièce. » Antoine prépare aujourd’hui un film sur le phénomène du voguing, danse urbaine qu’il a connu à New York. Des choix toujours portés par le ressenti et la recherche d’une intensité qui semble toujours guider les choix d’un passionné de 31 ans pour qui « tout était très clair, très tôt ». Une carrière à suivre, une vie à poursuivre pour Antoine, qui s’annonce plus que jamais riche en rencontres et en expériences...

Mon lieu préféré à Nancy : le passage Saint Antoine (près de la gare), je trouve magique que ces petites ruelles existent encore dans une ville aussi belle que Nancy
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