Cap sur Nancy 2030

L'annonce avait d'abord été faite dans le Nancy Mag de décembre. Elle a été officialisée le lundi 5 février en Conseil Municipal par le maire Laurent Hénart et le Président de l'Université Pierre Mutzenhardt : Nancy lance en 2018 une démarche de transition écologique, avec l'objectif de changer la ville à l'horizon 2030.

2018, année de la Transition Écologique

Le 13 novembre 2017, 15 000 chercheurs du monde entier, dans le cadre d’une tribune intitulée Il sera bientôt trop tard, ont mis en garde l’humanité contre son mode de vie accusé de « pousser les écosystèmes au-delà de leur capacité à entretenir le tissu de la vie ».

Considérant la teneur dramatique de cet appel, considérant également la qualité des savoir-faire présents sur le territoire et la densité des opérations de développement durable lancées par la Ville de Nancy et la Métropole du Grand Nancy depuis plus de 15 ans, le maire de Nancy a souhaité que la collectivité prenne sa part dans le défi planétaire que représente l’urgence écologique en imaginant, avec les Nancéiens et l’ensemble des forces vives, une rupture et un nouveau modèle pour les politiques publiques locales.

En effet, qui, mieux que les élus locaux, peut dire que le postulat écologique doit commander l’agenda politique ? Si les maires, symboles de l’action publique de proximité, ne s’engagent pas davantage pour soutenir les citoyens, entreprises, associations et artistes déjà en mouvement, comment répondre collectivement à l’urgence environnementale ? 

Pour toutes ces raisons, 2018 sera l’année de lancement de la démarche de Transition Ecologique de la Ville de Nancy.

Pendant un an, en associant experts, citoyens, associations, entreprises et pouvoirs publics, les services de la Ville de Nancy, ses partenaires et les habitants vont être mobilisés, au travers d’une large concertation, pour imaginer et construire de façon collégiale la feuille de route permettant de changer la ville à l’horizon de 2030

À cette échéance, le bassin de Nancy devra être un territoire exemplaire sur le plan des mobilités, de l’alimentation, de la biodiversité, de l’énergie et des déchets.

Marquée à la fois du sceau de l’humilité, car Nancy n’est qu’une infime part de ce défi planétaire, de l’ambition, car l’équation écologique ne se résoudra que par l’action politique et la mise en mouvement de l’ensemble des territoires, et de la solidarité, car ce processus de transformation ne doit laisser personne en chemin, cette année d’amorçage se veut ouverte et nécessairement évolutive. Le canevas présenté ci-après a évidemment vocation à s’enrichir des initiatives citoyennes, entrepreneuriales, associatives et institutionnelles qui se feront jour dans les mois à venir.

Quand l'urgence écologique appelle une nouvelle action publique

Les sociétés contemporaines reposent dans leur grande majorité sur un modèle de développement et de croissance qui conduit à une surconsommation d’énergie, en particulier les énergies fossiles (charbon, gaz, pétrole). Polluantes, non renouvelables, finies et fortement émettrices de gaz à effet de serre (GES), elles ont été progressivement reconnues par le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'évolution du Climat (GIEC) depuis 1988 – date de sa création - comme responsables du réchauffement climatique, dont les conséquences se mesurent d’année en année. 

Ce modèle de civilisation est synonyme d’abondance mais aussi d’excès, de gaspillage et de pollution de l’air, des sols, des océans et des cours d’eau. Il dégrade l’environnement et la biodiversité et menace nos ressources vitales élémentaires. 

La situation du monde est souvent résumée ainsi : si tous les habitants de la Terre vivaient comme un citoyen américain ou, dans une moindre mesure, européen, il faudrait plusieurs planètes pour vivre et subvenir à nos besoins, les ressources naturelles et la Terre elle-même n’étant pas infinies.                                                                                                                  

Cette situation a conduit dans un premier temps, à la fin des années 1980, à la création du concept de « développement durable », qui s’est installé dans l’opinion d’une part, dans la sphère politique de l’autre, avec une gradation permettant de passer des premiers discours, en forme de prise de conscience, à la mise en place d’initiatives nationales ou internationales qui, pour l’heure, n’ont malheureusement pas permis d’inverser la tendance, au contraire.

La démarche de développement durable a conduit les pouvoirs publics, notamment les collectivités, à mettre en place des plans d’actions. Á Nancy, des initiatives nombreuses ont été prises, par exemple la suppression des produits phytosanitaires dans les parcs et jardins, la création de premiers tronçons en site propre pour les transports en commun, le déploiement du chauffage urbain, l’ouverture de pistes cyclables ou, plus récemment, la hausse de la part des circuits courts dans les restaurants municipaux, la reprise du parc automobile municipal, la baisse de la consommation d'énergie des bâtiments municipaux, les 3 000 plantations d’arbres depuis 2014, le tri sélectif, la résorption des fuites d’eau, le développement des espaces verts… 

Malgré cela, malgré la mobilisation citoyenne, malgré les initiatives et innovations des entreprises, notre modèle de société n’est pas plus sobre aujourd’hui qu’auparavant. Il appelle des ruptures dans l’inspiration, la conception et l’ambition des politiques publiques, pour imaginer un nouveau modèle et amplifier la mobilisation déjà en cours dans la société civile et le monde économique. 

Aujourd’hui, l’appel à Écologique ne procède plus uniquement d’une intuition ou d’un combat militant. Il est nourri et objectivé par une série de preuves scientifiques.

Ces preuves sont listées formellement dans la tribune publiée le 13 novembre 2017 par plus de 15 000 chercheurs de 184 pays, dans la revue Bioscience, et reprise par la presse française, fournit tous les éléments objectifs d’une situation qui se dégrade de manière alarmante.

Pour mémoire, cette tribune est le deuxième avertissement du genre, après l’appel du Sommet de la Terre à Rio en 1992, signé à l’époque par 1 700 chercheurs, et qui s’ouvrait sur un constat déjà sans équivoque : « les êtres humains et le monde naturel sont sur une trajectoire de collision ».

Reflétant une inquiétude qui traverse toutes les disciplines des sciences expérimentales, le texte de novembre 2017 pose un constat sans détour : « les tendances déjà inquiétantes en 1992 se sont aggravées, parfois plus vite que prévu. »

Quelques chiffres édifiants sont cités à l’appui. Ainsi, en un quart de siècle :

  • l’abondance d’animaux a chuté de près d’un tiers, avec « le déclenchement d’un phénomène d'extinction de masse, le sixième en 540 millions d'années »,
  • la courbe des émissions de gaz a effet de serre s’est envolée,
  • les forêts ont perdu 1,2 milliard de km²,
  • la démographie a explosé, avec 2 milliards d’êtres humains supplémentaires (+35% en 25 ans). 

Par ailleurs, l’eau s’est raréfiée de manière dramatique, puisque les ressources par habitant ont chuté de moitié en 60 ans.

Au-delà du choc émotionnel qu’il vise à provoquer, l’intérêt de ce texte provient des préconisations qui y figurent, au premier rang desquelles la nécessité d’une solution politique du problème. Ainsi, les scientifiques plaident pour une stratégie de Transition portée au meilleur niveau : « les transitions peuvent se dérouler de manières diverses, mais toutes exigent une pression de la société civile et un plaidoyer fondé sur des preuves, un leadership politique et une compréhension solide des instruments politiques, des marchés et d'autres facteurs. »

Du développement durable à la transition écologique

Qu’est-ce que la Transition Écologique ? Quelles sont ses différences avec le développement durable ? Quelles sont ses thématiques opérationnelles ? 

Dans la jeune histoire des politiques publiques environnementales, la Transition Écologique succède aujourd’hui au « développement durable », à l’instar de l’appellation du Ministère en charge de ces questions, désormais nommé Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. 

Après trois décennies d’action publique placées sous l’égide du développement durable, qui n’ont pu inverser la tendance, une autre approche du problème environnemental se fait jour, enjoignant l’humanité à changer de modèle pour construire une société reconnectée à son milieu naturel, résolument économe en énergie, respectueuse de l’environnement et favorisant le renouvellement des ressources. 

Au cœur de ce processus de basculement d’un modèle à l’autre figure l’impératif  d’un processus graduel, un tel changement ne pouvant se faire d’un seul coup sous peine de compromettre les équilibres économiques et sociétaux. Voilà pourquoi la notion de transition, à la fois plus globale et plus ambitieuse, s’impose comme la nouvelle grille de lecture pertinente des politiques de défense de l’environnement.

Cette transition fait l’objet d’une définition officielle formulée par les services de l’État : « la transition écologique est une évolution vers un nouveau modèle économique et social qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler, de vivre ensemble pour répondre aux grands enjeux environnementaux, ceux du changement climatique, de la rareté des ressources, de la perte accélérée de la biodiversité et de la multiplication des risques sanitaires environnementaux. »

Enfin, la Transition Écologique est une démarche inclusive et solidaire. Tous les secteurs d'activité et acteurs d’un territoire sont concernés et tout doit être fait pour sensibiliser et mettre à contribution : citoyens, associations, organisations professionnelles, administrations, enfants, actifs et retraités, dans les domaines énergétiques et économiques conventionnels mais aussi dans la santé, l'éducation, l'immobilier, le tourisme.

Sept thématiques d'action publique identifiées

Concrètement, pour une collectivité territoriale comme la Ville de Nancy, la Transition Écologique implique des accélérations, des ajustements et des ruptures dans les principes et objectifs de sept thématiques d’action publique : 

1. La transition énergétique, qui priorise l’efficacité énergétique, la sobriété énergétique et le recours prioritaire aux énergies renouvelables, notamment pour l’habitat et les transports. 

2. L'éco-mobilité, qui priorise les transports en commun, l’autopartage, le covoiturage, les plans vélo et piéton et les interconnexions multimodales. 

3. La préservation de la biodiversité, en repérant, en protégeant et en valorisant les espèces locales. 

4. L’urbanisme reconsidéré, s’appuyant sur la densification urbaine, la réduction des distances, les économies d'énergie, les espaces verts. 

5. La transition alimentaire, remplacement progressif de l’alimentation issue de l'agriculture industrielle, consommatrice d’énergie fossile par les multiples transferts et transformations qu’elle nécessite, par une alimentation issue de l’agriculture locale et biologique. 

6. La gestion des déchets : révolutionnaire, elle suppose de passer d’une logique de valorisation à une politique de réduction drastique, voire de suppression, associant tri, compostage et réutilisation des biens. 

7. La fiscalité : réorganisée, elle peut inciter aux économies d'eau, d'énergie et de matières premières, et à la réduction des déchets et des pollutions.

Ces sept thématiques structureront la concertation puis la feuille de route qui sera émise en fin de démarche, en synthèse de l’ensemble des contributions.

Février 2018 - Février 2019 : un an pour imaginer la ville de 2030 avec les experts et les Nancéiens

En 2018, par une première série d'actions concrètes, la Ville de Nancy va à la fois collecter des idées et donner au futur plan d'action un cadrage scientifique se voulant irréprochable.

La sensibilisation et la mobilisation des citoyens

La Ville de Nancy va :

  • ouvrir un espace de participation en ligne sur www.nancy.fr pour recueillir les contributions autour des 7 piliers de la Transition Écologique.
  • mettre en place, avec les Conseils Citoyens, une équipe mobile partant à la rencontre des Nancéiens dans les quartiers de la ville, pour recueillir leurs observations, leurs idées et leurs propositions.
  • dédier plusieurs des rendez-vous récurrents à Nancy à cette thématique : la Journée d'Accueil des Nouveaux Nancéiens, les Rencontres de quartiers, les Journées du patrimoine, Graines de Citoyens, le Repas des Seniors...
  • mettre en place des actions de sensibilisation du grand public à l'occasion des événements municipaux sur le thème de la nature en ville : les Mardis aux Serres, Nature en Fête, Pépinière en Vert, le Jardin Éphémère.
  • dédier les prix municipaux attribués chaque année, le Prix Nancy Jeunes et le Prix Nancy Citoyenne, à des initiatives remarquables sur la thématique écologique.

La Ville de nancy organisera trois événements spécifiques dans le cadre de rendez-vous nationaux :

  • La « Semaine du développement durable » en juin sera transformée en une semaine dédiée à la Transition Écologique.
  • La « Journée sans voiture » en septembre. Les transports en commun pourraient être gratuits sous réserve de modalités organisationnelles avec la Métropole du Grand Nancy et son délégataire Transdev.
  • Les « Ateliers de l'alimentation » en octobre. Ils doivent permettre d'imaginer les modalités de conversion aux circuits courts d'approvisionnements, en concertation avec les producteurs locaux et les habitants.

La Ville de Nancy proposera des actions spécifiques pour les enfants et les familles, notamment à l'échelle des écoles, en partenariat avec l'Éducation nationale.

Elle mobilisera les instances de participation de la Ville de Nancy - Conseils Citoyens et Conseil Nancéien de la Jeunesse notamment - pour imaginer des actions écologiques nouvelles à l'échelle des 7 quartiers de Nancy et collecter les propositions de la jeunesse sous forme d'une enquête sur les campus. Cette mobilisation sera également faite lors des réunions dédiées au futur PLUi au printemps.

Elle lancera un appel à projets auprès du monde associatif, avec une restitution pour le Forum Associatif à l'automne 2018.

La mobilisation des experts, des collectivités partenaires et des organismes publics

2018 doit permettre d'expertiser, de diagnostiquer et d'objectiver la situation environnementale de Nancy.

La Ville de Nancy :

  • commandera une étude sur le thème « Nancy 2030, la ville écologique ». Objectif : imaginer une liste d'initiatives et de projets permettant, de manière graduelle mais irréversible, et en s'appuyant sur les forces et les ressources naturelles de notre territoire, de réduire l'empreinte écologique de la ville à l'horizon 2030.
  • organisera une série de rencontres avec des acteurs emblématiques de la Transition Écologique, des partenaires possibles et des villes exemplaires sur une ou plusieurs des sept thématiques.
  • organisera dans le cadre du Mai de l'Europe une conférence des villes européennes jumelées, invitées à partager leurs meilleures expériences, à identifier les bonnes pratiques sur les sept chapitres de la Transition Écologique et à réfléchir aux projets d'avenir.
  • rassemblera les bailleurs sociaux et l'OMh sur la thématique majeure du logement, en lien avec le monde économique, autour d'une nouvelle feuille de route. Avec deux ambitions : améliorer la qualité énergétique et l'esthétique des programmes.
  • adhérera à de nouveaux réseaux de villes en mouvement sur les questions écologiques, dont le C40, réseau mondial de 85 grandes villes en action pour réduire de façon notable leurs émissions de gaz à effet de serre. S'il rassemble des très grandes métropoles (New York, San Francisco, Vancouver, Paris, Moscou, Rome, Milan, Athènes, Séoul, Bombay, Jakarta, Melbourne, Hong Kong, Pékin, São Polo, Buenos Aires...), on y trouve aussi des villes européennes proches de Nancy comme Bâle ou Heidelberg.

La mobilisation du monde économique

Les entreprises et les commerçants nancéiens seront sollicités pour aider à la bonne graduation de la démarche et identifier des filières susceptibles d'être soutenues dans le cadre de la Transition Écologique.

  • organisera une session extraordinaire du Conseil des Entrepreneurs dédiée à l'écologie urbaine ;
  • lancera un appel à projets sur la thématique de l'habitat et du BTP ;
  • mettra en place un cycle de travail spécifique avec l'ATP Centre ville et un cycle de travail spécifique avec la Chambre de Commerce et d'Industrie.

Les partenaires de la Ville de Nancy

La Ville de Nancy conduira cette démarche de réinvention urbaine en partenariat avec : 

  • L'Université de Lorraine. Elle donnera aux propositions politiques et citoyennes le cadrage scientifique indispensable, en diagnostiquant notamment l'état environnemental du territoire de Nancy aujourd'hui et en identifiant, avec ses laboratoires, les ressources que nous pouvons mobiliser pour notre avenir. Le travail peut notamment être engagé sur l'immobilier et l'architecture, le végétal et la biodiversité, les matériaux, la qualité de l'air et l'alimentation.
    Un Conseil d'Orientation va être installé à la fin du mois de février. Il sera composé d'experts universitaires dans les disciplines concernées, de partenaires institutionnels et des élus. Il sera chargé, autour des sept thématiques de la Transition Écologique, de poser un diagnostic sur la situation environnementale de Nancy, d'auditionner des acteurs et des grands témoins., de proposer des initiatives et de valider la feuille de route, avec des objectifs chiffrés et des recommandations d'actions et de projets. Il donnera également son avis et son aval sur les actions proposées. Son travail sera cadré par les sept chantiers de la Transition Écologique, qui seront autant de groupes de travail.
  • Cette année d'amorçage de la Transition Écologique bénéficiera également du soutien de la Caisse des Dépôts. Elle prendra une participation au fonds de financement qui sera créé par la Ville de Nancy pour abonder les projets publics et privés sélectionnés. Elle prendra également en charge une partie de l'Assistance à Maîtrise d'Ouvrage qui sera recrutée pour accompagner la collectivité, particulièrement dans l'écriture de la feuille de route 2019-2030.
  • La Métropole du Grand Nancy, enfin, sera un partenaire essentiel, au regard des compétences qu'elle doit activer pour lutter contre la crise écologique et des politiques de développement durables menées depuis le début des années 2000.

La restitution

La conclusion se fera au moment du ROB 2019, avec la publication d'une feuille de route « Cap sur Nancy 2030, la ville écologique ».

Calendrier prévisionnel de l'année

Un projet de la Ville de Nancy, avec l'Université de Lorraine

Téléchargez le calendrier au format .pdf

Interview : Laurent Hénart explique la démarche

Comment faire de Nancy une cité écologique en 2030 ? Comment organiser la transition d’une ville à l’autre, de manière progressive et partagée ? Pour Laurent Hénart, « une telle démarche doit commencer par une année d’imagination collective ». En 2018, experts, citoyens, associations et entreprises sont invités à participer à une consultation visant à écrire, avec le soutien scientifique de l’Université de Lorraine, le plan d’action permettant de changer Nancy en ville écologique, vivant avec et dans son temps. Explications et mode d’emploi.

En matière d’environnement, on parle le plus souvent de développement durable. Qu’est-ce que la transition écologique ?

LAURENT HÉNART . C’est vrai que depuis 25 ans nous sommes habitués à parler de développement durable. Or les politiques de développement durable n’ont pas permis d’améliorer la situation environnementale. On le voit avec les indicateurs  de biodiversité, de pollution, de ressources en eau qui atteignent des niveaux d’alerte irréels, faisant dire à la communauté scientifique internationale qu’il « sera bientôt trop tard ». Il faut donc changer de vision, sortir l’écologie de son carcan idéologique et dire que c’est une question de société qui domine désormais l’agenda politique. Nous devons passer d’une société du gaspillage, de la pollution et de l’obsolescence, à une société résiliente et reconnectée à la nature. Cela passe par une transition qui doit être organisée, collective et irréversible.

Ces projets ne figuraient pas dans vos propositions en 2014. Pourquoi cet engagement arrive-t-il maintenant ?

LH . Depuis que je suis maire, je vois Nancy avec d’autres yeux. Je vois le rapport des Nancéiens à la nature en ville, leur façon d’être en mouvement sur les questions écologiques, dans leur quotidien. Je suis frappé aussi par le développement précoce d’une conscience environnementale chez les enfants dans nos écoles. Moi, je suis né au temps de l’abondance. Il m’a fallu attendre la cinquantaine pour intégrer pleinement ces questions. C’est sur le terrain, avec les Nancéiens, que j’ai acquis la conviction qu’il fallait repenser la ville en profondeur. Et puis, les alertes scientifiques montrent bien que c’est une question de survie. Dans quelques décennies, si nous n’agissons pas nous aurons, y compris en Lorraine, de gros problèmes sanitaires provoqués par la pollution de l’air, la baisse de la biodiversité, des pluies trop abondantes... Nancy doit donc prendre sa part dans ce défi planétaire. Ce sera en outre un projet d’avenir autour duquel nous pouvons tous nous rassembler. En plus des bons gestes que font déjà tant de Nancéiens, on peut se retrouver autour d’un grand plan pour changer ensemble la ville, de manière collégiale.

C’est sur le terrain que j’ai acquis la conviction qu’il fallait repenser la ville en profondeur.

Justement, comment les Nancéiens peuvent-ils participer cette année ?

LH . 2018 est une année d’amorçage. Il faut prendre le  temps de poser les choses, d’évaluer notre situation environnementale, de rêver l’avenir de manière collective. À partir du printemps, la Ville va proposer aux Nancéiens de s’exprimer lors de réunions publiques, sur www.nancy.fr et en rencontrant notre équipe mobile dans les rues. Un travail de concertation spécifique sera mené aussi avec les experts et le monde économique, avec l’Université de Lorraine.

Que va faire l’université de Lorraine ?

LH . L’université a toujours été un phare pour Nancy. J’ai tout de suite pensé qu’il fallait travailler avec cette ressource formidable. J’ai donc proposé à son président Pierre Mutzenhardt qu’elle soit copilote de la démarche, ce qu’il a accepté avec entrain et je le remercie. L’université va apporter son expertise pour cadrer le projet, dire ce que Nancy peut faire sur le plan écologique, pour sa biodiversité, ses déplacements, pour innover aussi, à partir de nos ressources locales.

Transports, déchets, urbanisme… : plusieurs grands sujets écologiques dépendent de la Métropole du Grand Nancy aujourd'hui. Comment allez-vous faire ?

LH . La Métropole est notre partenaire du quotidien. C’est elle qui organise les transports, gère les collectes de déchets, oeuvre pour la propreté. C’est aussi elle qui prépare le PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal), qui recense les orientations politiques pour le logement, les mobilités, l’urbanisme, le développement économique. Elle a donc un rôle absolument fondamental à jouer. Nous allons travailler ensemble pour que tous ces grands dossiers soient traités à l’aune de l’urgence écologique et non plus du développement durable. C’est une nouvelle vision qu’il nous faut partager.

Vous avez annoncé également que l’alimentation est un sujet central. Pourquoi ?

LH . Les repas sont au cœur de notre quotidien. Ce sont des moments où la santé et le partage se rencontrent. Je souhaite donc qu’on puisse imaginer avec les Nancéiens, notamment à l’automne avec un rendez-vous spécial, comment nous pouvons changer d'approvisionnements pour aller vers davantage de local et de bio, avec nos producteurs lorrains.

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