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Quelle stratégie pour le commerce du centre-ville ?

Les grands changements de notre époque, notamment la révolution digitale, modifient les attentes de la clientèle et l’offre commerciale. Comme toutes les villes de plus de 100 000 habitants, Nancy connaît d’importantes mutations de son tissu commerçant.

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« Les centres-villes sont en pleine mutation »

Au-delà de certaines fermetures spectaculaires, qui focalisent l’attention, c’est tout un monde qui change, dans un décor qui garde, lui, toute sa force d’attraction. Explications avec Sylvie Petiot, 1ère Adjointe au Maire, en charge du commerce.

Ville de Nancy. Des grandes enseignes ont quitté le centre de Nancy ces derniers temps. Pourquoi ?

Sylvie Petiot. C’est un phénomène qui va bien au-delà de Nancy. Dans toute la France, le tissu commercial des grandes villes est en pleine recomposition. Il y a quatre explications. Premièrement, l’évolution des modes de consommation. En plus de la révolution numérique, qui nous fait acheter à distance, plusieurs études montrent qu’on attend autre chose d’un centre-ville aujourd'hui. Deuxièmement, la concurrence des grands centres périphériques, plus adaptés pour les grandes surfaces et accessibles par autoroute. La troisième raison est un problème structurel de gestion des locaux, qui sont parfois trop chers à la location mais qui sont aussi inoccupés dans les étages. Enfin, nous avons eu un contexte économique français difficile ces dernières années, qui provoque des fermetures nationales avec des répercussions chez nous, comme Tati ou La Halle. Mis bout à bout, ces facteurs sont à l’origine d’un vaste mouvement de recomposition qui privilégie des enseignes dont la surface n’excède pas 500 m².

VDN. Que fait la Ville de Nancy face à cette situation ?

S.P. Quand la demande évolue, il faut être réactif, avec une équipe, une stratégie et un plan d’action. C’est pour ce défi que je me suis engagée en 2014 avec Laurent Hénart. J’apporte mon expérience de cheffe d’entreprise. Avec Olivier Rouyer, nous avons commencé par fédérer les acteurs. Ensuite, nous avons posé une stratégie à long terme qui prend appui sur nos atouts. Certaines villes jouent la carte de l’extension du commerce en périphérie, comme à Metz par exemple. Je défends pour ma part notre centre-ville, car c’est un endroit exceptionnel où tous les Nancéiens se retrouvent. On y trouve un équilibre original entre grandes enseignes et commerces indépendants, le tout dans un décor splendide où l’on peut tout faire à pied. Ce n’est pas un hasard si des groupes comme Ferré (Grand Hôtel de la Reine) ou Deromedi (Galerie Saint- Sébastien) investissent à eux deux plus de 30 millions d’euros pour des grands projets à Nancy. Enfin, il y a notre plan d’action, qui associe investissements, prospection et la création d’une structure pour racheter, réhabiliter et revendre les locaux commerciaux.

VDN. À quelle échéance ces actions donneront leurs résultats ?

S.P. Nous avons commencé à travailler dès 2014, donc nous avons déjà des résultats. Il y a eu plus de 150 ouvertures depuis le début du mandat. D’autres s’annoncent, sur certaines cellules emblématiques d’ailleurs. Des grandes enseignes internationales choisissent Nancy, comme Burger King et Starbucks. Il existe aussi des projets indépendants et innovants comme les concept stores qui remportent un vrai succès. Ne focalisons pas sur les fermetures que nous venons de vivre, essayons plutôt d’agir en lien avec les nouveaux mécanismes qui sont à l’œuvre. Accompagnons efficacement les porteurs de projets, et ils sont nombreux. Et soyons fiers de notre ville et de ses commerçants ! 

Questions & réponses

Pourquoi y a-t-il des fermetures ?

  • Un climat économique national difficile
  • La croissance du e-commerce
  • À Nancy, des loyers parfois trop élevé en hyper centre.
  • Un modèle économique en mutation qui privilégie les surfaces plus petites

Qu'en est-il des fermetures ?

  • 39 ouvertures en 2016, 150 depuis 2014
  • Des enseignes internationales qui choisissent Nancy
  • La vacance commerciale à Nancy est très en dessous de la moyenne nationale (6.2% contre 10.4% pour les villes de plus de 50 000 habitants - Source SCALEN / CVM 2017)

Que fait la Ville de Nancy pour le commerce ?

Une priorité politique

Le développement économique et commercial est au cœur des priorités de l'équipe municipale. C'est le portefeuille de Sylvie Petiot, 1ère adjointe, accompagnée d'Olivier Rouyer.

Une stratégie en 5 volets 

  1. Tirer partie des particularités locales.
  2. Développer une image positive du commerce en centre ville.
  3. Dynamiser la partie commerçante.
  4. Améliorer l'environnement de l'activité commerçante.
  5. Implanter de nouveaux commerces.

Des outils

  • Un observatoire (SCALEN)
  • Un partenariat Ville de Nancy, Vitrines de Nancy, CCI, SCALEN, CMA
  • Un développeur de centre-ville
  • Une future Société d'Économie Mixte pour moderniser les locaux vacants et modérer les loyers

Un plan d'actions sur 3 ans

  • La valorisation des locaux disponibles (vitrophanies)
  • L'opération « commerces à l'essai »
  • Un événement annuel dédié au commerce (le RDV du commerce)
  • Une étude sur le marché couvert (diagnostics et préconisations)
  • Le démarchage des enseignes (salons professionnels, visites sur sites...)
  • Une identité visuelle du centre-ville marchand
  • Le soutien au commerce innovant (la Grande Épicerie Générale)
  • Création de l'ATP centre-ville AVEC Nancy...

L'analyse de Pierre Creuzet, fondateur et directeur général de Centre-Ville en Mouvement

Le débat sur les centres-villes est très présent dans les médias et dans le discours politique. Pourquoi ?

Les Français sont très attachés à leurs centres-villes. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils s'inquiètent des changements en cours. Les cœurs de ville sont en effet les espaces clefs des mutations technologiques et commerciales de notre époque.

Quelles sont les actions à mener en priorité au centre-ville pour y maintenir un bon niveau d’activité commerciale ?

Le centre-ville est une alchimie, un mélange d’acteurs publics, privés et associatifs. Il faut se rassembler dans une démarche partenariale pour lui rendre sa fonction de cohésion des usages. Il faut aussi favoriser les mobilités douces, réfléchir au dernier kilomètre, ramener des classes moyennes et supérieures tout en veillant au maintien des populations plus fragiles qui doivent accéder à des services. Enfin, Centre-Ville en Mouvement propose un moratoire d’un an sur la construction de zones commerciales en périphérie. Les cœurs de villes sont clairement affectés par ces espaces.

De nouveaux formats de commerce émergent. Comment favoriser leur implantation au centre-ville ?

Les nouveaux concepts ont un formidable pouvoir d’attraction, surtout chez les jeunes. Les commerces qui prennent le virage numérique et développent de nouveaux concepts bénéficient d’un chaland plus élevé. Tout doit donc être fait au niveau politique pour favoriser les investissements privés.