Patrimoine

Baptême de la place Simone Veil

Mardi 17 juillet, Laurent Hénart, Maire de Nancy, et André Rossinot, Président de la Métropole du Grand Nancy, ont baptisé devant la gare la place Simone Veil (ex-Thiers), en présence de Jean Veil, fils de Simone Veil.

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Laurent Hénart, Maire de Nancy, avait proposé le 3 juillet 2017 à son Conseil Municipal de donner le nom de Simone Veil à l'une des places les plus importantes de Nancy, qui est l'une des principales portes d'entrée sur la ville, traversée par 9 millions de voyageurs SNCF chaque année. Au nom des valeurs humanistes et progressistes de Nancy et au nom de son indéfectible attachement à l’Europe, la Ville de Nancy souhaite ainsi honorer comme il se doit le destin et la mémoire de celle qui incarne la femme et la France de notre époque. Depuis ce mardi 17 juillet 2018, la place de la gare est ainsi baptisée :

Place Simone VEIL 
Académicienne, femme d’État, premier président du Parlement Européen élu au suffrage universel

Un grande figure du 20e siècle

Vendredi 30 juin 2017, Simone Veil, née dans une famille lorraine, s’est éteinte à l’âge de 89 ans. La France a perdu l'une des plus grandes figures du 20e siècle : Simone Veil a laissé son empreinte dans l’histoire comme peu d’autres avant elle. Évoquer son nom, c'est évoquer la Shoah et le camp d’Auschwitz dont elle est rescapée, la dignité des femmes et la légalisation de l'avortement dont elle est l'héroïne, l'amitié des peuples dont elle fut militante toute sa vie, l'Europe dont elle fut députée et son parlement dont elle fut la première présidente. 

À quelques centaines de mètres de la place des Justes, dont elle était venue dévoiler le nom en septembre 2002, les récents travaux et la reconfiguration complète de l’ancienne place Thiers ont donné naissance à un nouvel espace, avec de nouveaux usages et de nouvelles perspectives. 

Discours de Laurent Hénart, Maire de Nancy

Monsieur le Préfet, 
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, 
Monsieur le Président de la Métropole, 
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, 

et surtout cher Jean Veil qui nous fait l’honneur de son amicale présence ici aujourd’hui pour ce moment singulier. 

Si je parle d’un moment singulier et pour moi, si émouvant, c’est parce que le nom dont il est question aujourd’hui résonne comme peu d’autres dans le coeur des Français avec une force qui dépasse tous les clivages politiques, générationnels, sociaux et culturels. 

Parmi les plus illustres visages de la France, celui de Simone Veil occupe une place à part. Comme peu d’autres avant elle et comme certainement, peu d’autres après. 

Il n’y a qu’à regarder le nombre des hommages qui lui ont été rendus depuis un an partout en France. 

Qu’ils soient nationaux, locaux ou simplement anonymes, du Panthéon, aux plus petites communes, tous témoignent d’un respect et d’une admiration profonde que nous lui portons tous. Cher Jean, la disparition de votre maman a rassemblé les Français dans un élan d’émotion et de tristesse comme peu de figures politiques, aussi remarquables soient-elles, avaient réussi à le faire. 

Simone Veil n’a pas fait que traverser l’histoire et le XXe siècle. Elle a façonné l’histoire, elle a laissé sa marque dans le XXe siècle. Elle nous inspire de vrais et nobles sentiments humains, à commencer par la gratitude. 

Évoquer le nom de Simone VEIL, c'est évoquer la Shoah et le camp d’Auschwitz-Birkenau dont elle est rescapée, la dignité des femmes et les droits fondamentaux dont elle est l'héroïne, l'amitié des peuples dont elle fut militante toute sa vie, l'Europe dont elle fut l’égérie, son parlement dont elle fut le premier président élu au suffrage universel et l’Académie Française qui l’a faite sienne. 

S’il est naturel de donner son nom à un espace public, ce qui est difficile, c’est de trouver le bon lieu et le bon moment à la hauteur de ce que Simone Veil sera toujours pour la France. 

La date du 17 juillet n’a pas été choisie par hasard. Simone Veil, ses combats, son parcours, sa vie, ne se résument certainement pas au hasard. C’était une femme de volonté, de choix et de convictions. La volonté de ne pas subir, et de survivre. Le choix de résister, de combattre la fatalité, le renoncement et le laisser aller. La conviction absolue de devoir toujours faire le juste et le bien. 

Ce 17 juillet fait bien évidemment écho aux rafles du Vel d’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 et aux 13 000 juifs (dont un tiers d’enfants), déportés et conduits vers la mort avec l’implication sans réserve du régime de Vichy. Et ce, quelques heures seulement avant la rafle de Nancy du 19 juillet durant laquelle 5 policiers, 5 Justes, ont enrayé cette mécanique barbare et sauvé près de 400 précieuses vies. Cette barbarie qu’a connue votre famille cher Jean, non pas à Paris, mais à Nice en 1944 lorsque face aux avancées des alliés, elle s’est défoulée sur tout le territoire français. 

J’ai naturellement une pensée pour le Président Jacques Chirac, lui qui a été le premier Président de la République à regarder la vérité en face et à qualifier avec justesse les faits historiques. 

Le 17 juillet, c’est aussi ce jour de 1979 où une survivante d’Auschwitz-Birkenau portant le numéro 78651 tatoué sur son bras devenait le premier président du parlement européen élu au suffrage universel. 

Ce 17 juillet est à l’image de la vie de Simone VEIL, une vie où les douleurs de l’enfance nourrissent les combats de la vie d’adulte ; une vie où les grandes peines forgent de formidables espoirs. 

Après avoir affronté les pires épreuves que l’humanité ait connues, Simone Veil a consacré son existence à lui faire connaître des jours meilleurs. 

La lutte contre l’antisémitisme est bien évidement un de ses engagements les plus marquants. Non parce qu’elle s’appelait Jacob (sa famille se définissait d’ailleurs comme profondément laïque) mais parce qu’elle était convaincue que dans l’Histoire, les minorités et notamment les juifs ont toujours eu un rôle de vigie, de sentinelle. 

La communauté juive n’est pas seulement un modèle d’intégration républicaine réussie. 

Pogroms, Shoah, assassinats horribles d’Ilan Halimi et Mireille Knoll, attentats antisémites comme à Toulouse en 20121 les juifs ont toujours été les premières victimes des menaces émergeant contre l’ensemble de la société. Les malheurs faits aux juifs annoncent malheureusement les malheurs qui frapperont la République. 

Malgré la perte de ses parents et de son frère, malgré l’atrocité des camps et la mort côtoyée de près, Simone Veil n’a jamais fait de ces souffrances un statut.

Elle considérait d’ailleurs qu'il ne suffisait « pas d'avoir été malheureuse dans un camp pour mériter d'être décorée ». 

Non, Simone Veil a vécu sa vie autrement, à la manière de Primo Levi, de Hannah Arendt, et d’autres personnalités marquées par la barbarie du nazisme à un degré tel, qu’ils se sont sentis obligés de devoir écrire plus, penser plus, transmettre plus. 

C’est tout le sens de son entrée à l’Académie Française, qui la rend encore un peu plus immortelle. Comme elle le laissait entendre avec beaucoup d’élégance dans son discours en 2010, elle est une belle représentation du « compagnonnage entre l’esprit des lettres et l’esprit des lois, qui cheminent en France bras dessus, bras dessous ». 

Il était bien question de l’esprit des lois, cher à Montesquieu, lorsqu’en 1974, Ministre de la Santé du gouvernement CHIRAC, elle a défendu le texte sur l’IVG.

Elle a fait face, seule, à un hémicycle trop masculin qui lui infligea outrances et outrages. Et elle a répondu aux coups bas par la sincérité de ses mots : 

« Aucune femme ne recourt de gaieté de coeur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame... ». 

Simone Veil avait cette capacité à dépasser les clivages de gauche et de droite pour aller simplement dans le sens du progrès et du bien commun. C’est avec cette indépendance et ce courage rares qu’elle a laissé une empreinte durable qui inspire encore nos politiques aujourd’hui. 

C’est sous son mandat qu'ont été créés l'allocation au parent isolé, le complément familial et accompli les premiers progrès pour les personnes handicapées avec la grande loi de 1975.

C’est encore elle qui a porté la première réforme des retraites en France en 1993 et inspiré celle des lois de financement de la sécurité sociale.

C’est elle qui donnera son sens à la politique de la Ville et s’engagera contre la ghettoïsation des quartiers et des banlieues. 

Simone Veil a ouvert en France une voie unissant humanisme et modernité.

Une France moderne, fer de lance de l’Europe, telle que Valéry Giscard d‘Estaing l’imaginait au moment de lui confier la tête de liste UDF aux élections européennes de 1979. Après avoir œuvré pour l’égalité des femmes et la liberté des hommes, Simone Veil s’engage donc pour la fraternité des peuples. 

Autre défi de taille, impensable 35 ans auparavant sauf pour elle. Car malgré les camps, elle n’a jamais douté un instant de l’importance de la réconciliation franco-allemande pour la construction de l’Europe. 

Simone Veil aimait l’Europe et l’a toujours défendue. Probablement parce qu’elle y voyait le remède contre tout le mal subi par sa famille et combattu avec son mari. L’Europe était pour elle un rêve qu’elle a porté pendant près de 15 ans. 

Cette Place Simone VEIL sera dédiée à tous ses combats mais plus particulièrement à celui-là. A quelques pas de la Place de la République et pas très loin de la Place des Justes qu’elle était venue dénommer il y a 16 ans, cher André, cela a du sens. C’est logique et conforme à la conception que nous nous faisons à Nancy de la République et de l’Europe. 

Comme la date du 17 juillet, ce lieu n’est donc pas choisi par hasard. C’est une place au cœur de la Ville, la plus fréquentée après la place Stanislas. C’est aussi une entrée pour notre Métropole, pour les 9 millions de voyageurs qui passent chaque année par la gare de Nancy. 

Avec les travaux qui la transforment, cette place doit devenir une place vivante, avec de nouveaux usages, où les flâneurs se mélangent aux voyageurs, où les animations côtoient les commerces et les terrasses, où le lien se crée progressivement entre le patrimoine d’hier et celui de demain. Bref, une place pour vivre ensemble. 

Cette place qui change aura en 2019 un nouveau visage. Elle sera enrichie d’une oeuvre liant ce nouveau nom, ces nouveaux usages et ce nouveau visage. Œuvre créée pour rendre hommage à l’Europe et à la paix. 

Je veux terminer mon propos en évoquant la famille de Simone Veil et son époux, Antoine. 

Je connaissais peut-être davantage Antoine que Simone Veil et il a toute sa place dans cet hommage. 

D’abord parce qu’Antoine était lorrain. Né à Blâmont, lycéen à Nancy avant de partir faire ses études à Paris, il gardait pour sa région natale un attachement profond, une vraie fierté et une sincère affection. Il ne se passait pas une rencontre sans que nous évoquions ses racines et j’en garde un précieux souvenir. 

Ensuite parce que sa présence et son soutien ont été déterminants dans le parcours de Simone Veil. C’est une histoire écrite à deux. Ils étaient indissociables dans la vie, ils étaient des inséparables et reposent ensemble au Panthéon. 

Voilà pourquoi j’ai souhaité que les photos exposées au centre de cette place mettent en lumière Simone Veil, la femme publique, engagée au service de la France et des valeurs de la République, mais aussi sa famille. 

Je remercie Jean de nous avoir permis d’accéder aux albums familiaux et d’en extraire quelques images, magnifiques, qui symbolisent cette femme, et ce couple qui suscite non seulement mon admiration personnelle mais aussi celle de toutes les Nancéiennes et de tous les Nancéiens.

Je lui dis que nous pensons à Pierre-François et l’attendons à Nancy pour inaugurer l’oeuvre. 

C’est un autre ami de Nancy, disparu en 2017, et auquel le Livre sur la Place rendra hommage en septembre prochain qui terminera mon propos. 

Le jour où l’Académie Française a accueilli Simone Veil, Jean d’Ormesson s’est adressé à elle de cette manière : « De toutes les figures de notre époque, vous êtes l’une de celles que préfèrent les Français. Les seuls sentiments que vous pouvez inspirer et à eux et à nous sont l’admiration et l’affection. [...] Vous incarnez avec plus d’éclat que personne les temps où nous avons vécu, où le Mal s’est déchaîné comme peut-être jamais tout au long de l’histoire et où quelques-uns, comme vous, ont lutté contre lui avec détermination et courage et illustré les principes, qui ne nous sont pas tout à fait étrangers, de liberté, d’égalité et de fraternité. » 

Et il concluait par ses mots qui vont si bien aujourd’hui, ici, à Nancy :  
« Nous vous aimons Madame. » 

Laurent Hénart, 
Le 17 juillet 2018

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