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20e rentrée de Sciences Po à Nancy : rencontre avec les dirigeants

Le campus Sciences Po a rouvert ses portes ce jeudi 29 août. Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, et François Laval, directeur de l'antenne de Nancy, ont évoqué pour nous les vingt ans d'existence du campus, qui a vu défiler 2 000 étudiants sur ses bancs, son rayonnement et son avenir.

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Ville de Nancy - Quel bilan tirez-vous des 20 années du campus Sciences Po de Nancy ?

Frédéric Mion - Un bilan enthousiaste et très positif pour notre maison. C'était un pari à la fois audacieux et risqué de développer Sciences Po en dehors de ses bases historiques parisiennes et c'est à Nancy que le pari s'est tenu. Si on se retourne sur ces vingt ans d'histoire, on mesure le fait que cette intuition originelle, partagée avec les élus de la Région, de la la Ville et mon prédécesseur, a été extrêmement féconde. Nous accueillons bientôt vingt générations de jeunes diplômés issus du monde entier, et assez largement de France et d'Allemagne, pour faire vivre cette idée d'un campus consacré à l'Europe, au cœur d'une Région elle-même frontalière avec quatre pays européens. Au regard de l'attractivité du campus, des résultats obtenus et du devenir des étudiants, nous pouvons être fiers de ce bilan. 

Ville de Nancy - Quelles sont les spécificités du campus nancéien ? 

François Laval - Notre campus est spécialisé sur l'Europe et plus particulièrement sur l'espace franco-germanophone, couvrant entre autres la France, l'Allemagne et l'Autriche. Nous travaillons sur la relation franco-allemande en tant que moteur de l'intégration européenne et pas uniquement dans une relation bilatérale. Les jeunes étudient en trois langues : français, allemand, anglais. Nous possédons même des étudiants incroyablement polyglottes. J'ai le souvenir vif de l'un de nos étudiants qui en parlait couramment dix ! Il est aujourd'hui diplomate en Allemagne. 

Ville de Nancy - À partir de 2021, Sciences Po change sa procédure d'admission. Comment cela va-t-il se traduire ? 

Frédéric Mion - Pour tous les candidats, les procédures vont être simplifiées et homogénéisées, plus équitables et efficaces. Le système actuel prévoit des dispositifs d'admission différents en fonction du type de la population : étudiants nationaux ou internationaux, avec une particularité pour les jeunes issus des lycées conventionnés avec Sciences Po. Ces catégories sont pour l'avenir mélangées dans une procédure d'admission unique, qui va concentrer nos efforts d'évaluation sur le parcours des lycéens, sur les résultats aux épreuves du baccalauréat ou à l'examen de fin de second cycle de leur pays d'origine, sur la motivation exprimée à travers le dossier d'inscription et enfin, sur un oral d'admission. Les changements sont, de ce fait, minimes pour les lycéens issus de la procédure internationale. Le gain collectif de ce nouveau système, c'est la capacité à assurer plus d'équité entre les candidats et in fine, à garantir la richesse des profils dont nous avons besoin. 

Ville de Nancy - N'y a-t-il pas un risque d'une baisse de niveau en privilégiant l'oralité à l'écrit ? 

Frédéric Mion - Ce n'est pas notre vision. L'écrit tient une place essentielle dans la future procédure, à travers la prise en compte des notes des épreuves écrites, en temps limité et surveillé, du baccalauréat. Du reste, ce sont des modalités d'admission communes à toutes les grandes universités nationales et internationales. Un Français qui postulerait dans une université étrangère se voit admis de la même manière, « sous réserve de l'obtention de telle moyenne au bac ». C'est plus juste que de faire passer un écrit spécifique à la moitié seulement de nos étudiants, donnant lieu au débridement des classes préparatoires et favorisant ceux qui ont les moyens de se la payer. 

Ville de Nancy - Est-ce difficile de représenter une élite ? 

Frédéric Mion - Oui, mais pas tellement parce que les élites pâtissent d'une image dégradée mais parce que le fait d'assumer d'être un lieu où on forme les élites et d'exercer des responsabilités imposent une éthique, un comportement et une exigence personnelle importantes. Le regard de nos citoyens peut apporter au quotidien de l'agrément ou du désagrément mais je crois que c'est secondaire par rapport à notre considération principale : les élites ont des responsabilités plus lourdes et il faut être capable de les porter. 

François Laval - Au-delà du terme élite, il ne faut pas oublier qu'il s'agit de jeunes filles et garçons constitués de la même manière que le reste de la population. Ils sont très engagés dans le milieu associatif et vont apprendre à travers le projet éducatif de Sciences Po, l'humilité et le courage intellectuel. Un parcours civique est mis en place pour les inciter à venir au devant de la population qui en a le plus besoin. On est fier de former une élite car elle est nécessaire pour l'Europe. 

Campus Sciences Po de Nancy
94 avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny 
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