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Musée des beaux-arts

Expositions

Accrochage d'été

Le Musée des Beaux-Arts de Nancy présente tout l'été deux ensembles d'arts graphiques de Françoise Pétrovitch et Étienne Pressager. Leurs expérimentations techniques contemporaines, autour du dessin et du lavis d'encre, vous invitent au cœur de deux univers originaux.

Tarif : 7€ / Tarif réduit : 4.5€

Étienne Pressager

Né à Epinal en 1958, Etienne Pressager étudie les arts plastiques à Strasbourg avant de s’installer à Nancy en 1981, où il fonde la galerie associative CLAC. Il s’est depuis établi à Malzéville où il poursuit son travail de dessinateur, représenté au Musée des Beaux Arts de Nancy par deux séries récentes : Tripes et boyaux (2008) et Je ne sais pas où je vais (2011-2012). Depuis plusieurs années, Étienne Pressager participe et enrichit la tradition du dessin en Lorraine, largement manifestée depuis le XVIIe siècle avec Jacques Callot et Grandville. Après ses débuts de peintre, Étienne Pressager se consacre, depuis les années 1990, au dessin. Fonctionnant « en creux », il révèle non pas des histoires à raconter mais ce qui constitue le temps « hors » narration, les « blancs » de la vie, tel un journal de bord le plus neutre possible, journal intime le plus « ordinaire » d’une vie qui s’écoulerait sans aucun événement. Pour rendre compte de cette « non épopée » sous la forme de suites multiples et variées, Étienne Pressager lie systématiquement l’image au texte. Il « soigne » avec beaucoup d’attention le titre renvoyant à l’image, non sans humour souvent, de manière tautologique ou prenant au pied de la lettre son sens propre.En dehors du titre, un texte participe de la composition et rythme un dessin formé d’annotations furtives, discontinues, fragmentaires, constats d’instants brefs consacrés au dessin, constitué de traits, points ou hachures répétés à l’envie, immédiatement suivi du lieu, de la date, de l’heure de ce temps là. Il semble bien que ce soit même un parti pris délibéré de l’artiste de ne repérer dans sa vie que l’insignifiance, le moment d’un dessin « libre », présent parce qu’absent, tels des dessins téléphonés, dessins automatiques, dessins mescaliniens d’Henri Michaux, où l’esprit vagabonde. Ce temps plein de cette écriture par l’absurdité de sa répétition, protège sans doute une histoire plus profonde qu’on cherche à écarter ou à oublier, ou tout simplement une forme contemporaine de la « Vanité ».

Je ne sais pas où je vais, 2011-2012

Crayon sur papier. Cette série de dessins illustre la démarche d’Étienne Pressager, fondée sur le quotidien, le domestique, le familier, l’habituel, pour enfin poursuivre la « tradition » de « l’art et de la vie ». Matériau visuel – petit trait répété avec discipline presque à l’infini – et matériau textuel – mention du moment de l’accomplissement du dessin (lieu, date, durée) – se complètent pour former un fragment de composition de l’espace du dessin. À la suite les uns des autres, ils constituent un ensemble qui fait figure et se reconstituent parfois en image.

« Les dessins au crayon "Je ne sais pas où je vais" ne représentent rien de particulier, mais ils le font avec la plus grande précision. Ils attestent simplement des errances du crayon sur le papier, un peu comme la ligne de fumée laissée par un avion témoigne encore de son passage alors qu’il n’est plus visible depuis longtemps. » Le dessin final échappe aux contraintes internes de l’écriture – invariabilité des annotations, répétition contrôlée du même geste traduit par ce petit trait – et affirme paradoxalement sa liberté d’imprimer sur la feuille et dans sa recomposition un motif. Ainsi malgré lui, l’artiste – ou l’être humain – résiste et gagne sur la machine et ses automatismes, comme par enchantement ou gagné par la poésie, celle d’un Georges Perec par exemple qui écrit « un certain art du texte pourrait se fonder sur le jeu entre le prévisible et l’imprévisible, entre l’attente et la déception, la connivence et la surprise ».

Tripes et boyaux, 2008

Crayon Lyra « DUO » rouge/bleu sur papier. Tel un funambule, Étienne Pressager poursuit à l’aveuglette ses dessins de « queues de chat » qui les uns à la suite des autres évoquent un véritable labyrinthe occupant tout l’espace de la feuille. « Il n’y a pas vraiment de décisions, ou alors elles sont insignifiantes, dictées par la conjoncture géographique » : « tourner à droite pour ne pas se retrouver coincé » ou bien « élargir le ruban pour réduire la quantité de blanc », ou bien encore « à force, ce geste finit par me faire mal au poignet, alors j’en change ». Ces façons de « divaguer » sur ces feuilles dédoublées au format impressionnant rendent vivante la ligne et soulignent son ondulation colorée. « Le crayon lui-même est indécis, rouge d’un côté, bleu de l’autre ou ni bleu, ni rouge. Ici, la réflexion constitue plutôt un obstacle. Il faut avancer en rêvassant, en pensant à autre chose ou au moins en faisant semblant. […] Pendant l’exécution, je n’ai jamais de vue d’ensemble et ne cherche pas à en avoir. Pas de souci de l’avant ni de souci de l’après. Aller de l’avant, et c’est tout. »

Françoise Pétrovitch

Née à Chambéry en 1964, Françoise Pétrovitch est une artiste plasticienne établie à Cachan, enseignant également à l’École Estienne (École supérieure des arts et industries graphiques, Paris). Polyvalente, elle recourt à des techniques aussi diverses que le dessin, la peinture, la céramique et plus récemment la vidéo. Le dessin et le lavis d’encre sont des techniques privilégiées par l’intermédiaire desquelles elle cultive son imaginaire, expérimente les formes et dilue les couleurs. Le tracé déterminé et les plages couleurs non homogènes sont directement appliqués sur le support, sans passer par un croquis préparatoire. Dessins et couleurs ne font plus qu’un pour esquisser avec spontanéité et légèreté des formes colorées, évanescentes, qui semblent menacer tantôt de fusionner entre elles, tantôt de s’effacer complètement. La combinaison des techniques de l’aquarelle, de la gouache et de l’encre lui permet de jouer sur les contrastes d’opacité et de transparence, la fluidité des encres qui se répandent librement sur la feuille de papier. Elle précise à propos de cette pratique : « Ce travail m’occupe depuis de longues années et a représenté une sorte de pas de côté par rapport au dessin et à la gravure que je pratiquais depuis plus longtemps encore. […] Je travaille « avec » les aventures de l’encre, pas « contre » - comme dans le cas de la gravure. Le matériel est minimal et tout est souple, fluide – pinceaux, encres, papier. Les dépôts aléatoires de l’encre, ses effets d’irisation, son imprécision risquée, créent des espaces d’égarement – ce qui s’efface dans la diffusion de l’encre dans le papier peut rendre une sorte de perte de soi. L’abandon est nécessaire dans ce travail. Je fais cohabiter avec ces formes indécises qui occupent le fond, la décision et la précision d’un détail : un regard, la position d’une main, un accessoire. » Les êtres fantomatiques qui peuplent ses œuvres, humaines et animales, semblent tout droit sorties d’univers oniriques dont elle imagine les récits sous forme de séries. Isolés ou rassemblés en petits groupes, ces personnages évoquent la famille, l’enfance, l’intimité et parfois la sauvagerie animale. Au fil de déformations anatomiques et d’hybridations entre espèces, ces créatures peuvent devenir inquiétantes voire menaçantes.

Féminin/masculin, 2007

Lavis d'encre sur papier Arches Arjomari 350 g. Dans la série Féminin/masculin, de jeunes figures ambivalentes, aux genres encore peu affirmés, nous font face. D’apparences fragiles, elles se trouvent paradoxalement revivifiées par le motif d’une poupée inerte d’un rouge ardent. Ce dénominateur commun aux trois lavis n’est pourtant pas systématisé à toutes les œuvres que compte cette série. Un autre jouet ou un animal peut le remplacer. Juxtaposées les unes aux autres, elles retracent les épisodes d’une fiction qui se déroule en arrêts sur image, à la manière d’une pellicule de film. Le récit peut être inspiré de la vie de l’artiste ou d'événements appartenant à la mémoire collective. Par le recours à des figures anonymes et curieusement familières, chacun est invité à projeter dans ces univers intimes son histoire personnelle.

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