Ils font Nancy

Nicolas Ruiz

Nicolas Ruiz est un trentenaire optimiste. De ceux qui ne redoutent pas la crise, tant elle constitue un décor familier. De ceux à qui l’avenir ne fait pas peur, car ils savent qu’ils rebondiront, quoi qu’il arrive. De ceux… qui s’adaptent. À 34 ans, il est le fondateur et dirigeant d'EVI SAS, pionnier des tablettes tactiles.

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Lorsque son père, militaire, rejoint Toul et le 516ème régiment du train, le jeune Nicolas intègre le Lycée Chopin à Nancy. Diplômé en 2002 d’un BTS informatique et gestion, il compte faire son entrée, logique, sur le marché de l’emploi ; charge aux 700 CV envoyés de lui ouvrir la voie. Mais le secteur n’embauche pas et il comprend vite qu’il ne devra sa première expérience professionnelle qu’à lui-même. Il lui faut s’adapter, déjà. Il crée NRC, société de consulting spécialisée dans les logiciels et la programmation, positionnée sur le marché des tablettes à destination des professionnels. La tablette. Celle qui allie « puissance de l’ordinateur et écriture », qui établit un « contact direct » entre l’utilisateur et le produit et qui représente alors, pour le jeune dirigeant, « le futur de l’informatique ».

C’est pour répondre à une demande de ses clients qu’il lance, en 2007, une entreprise individuelle baptisée EVI Groupe. S’adapter, encore. Sur le modèle d’Apple, il fabrique désormais logiciel et matériel ; la cohérence au service de la performance. Le Monolith sera sa première invention. Un ordinateur « grand comme une boîte de DVD », ne consommant que 2 watts-heures mais aussi performant qu’un ordinateur de bureau. Le produit séduit les laboratoires de biologie médicale, qui y voient un substitutif efficace aux tours bruyantes et énergivores.

Viendra ensuite la première tablette tactile du monde à moins de 500 euros, constituée d’un netbook coupé en deux et d’une dalle tactile, dont Apple achète quelques exemplaires. Un an plus tard, l’Ipad envahit le marché, augmentant la demande en masse. Les prix flanchent, la demande s’accroît et la concurrence s’ébroue. Pour Nicolas Ruiz, il faut s’adapter, toujours. Puisant son inspiration dans la science-fiction (2001 Odyssée de l’espace est son film fétiche), il innove sans cesse et collectionne les records. Tablette la plus fine du monde, fablette (téléphone de 6 pouces), première tablette avec écran 3D, ordinateur de 14 pouces le plus léger au monde… Parallèlement, face à la rétractation du marché et à l’afflux des concurrents, l’entreprise réoriente sa stratégie ; la marque disparaît alors de l’horizon du grand public.

L’année 2013 sera marquée par l’entrée d’une holding au capital de l’entreprise. EVI SAS compte alors deux salariés à Nancy et trois à Paris, en plus des personnels des centres logistiques et d’appels. L’essentiel du marché se trouve en Europe et au Nord de l’Afrique ; ailleurs, EVI voyage en marque blanche, incognito.

Pour se développer, Nicolas Ruiz fait de ses attaches nancéiennes un argument commercial, un élément différenciel face à la concurrence parisienne. Il loue les avantages de Nancy pour son « dynamisme en termes de startups », pour sa situation géographique privilégiée, pour la French Tech et le Sillon lorrain. Un environnement favorable qui séduit les investisseurs et où le jeune dirigeant peut laisser jaillir son inventivité… Jusqu’à un certain point. Hors de question pour Nicolas Ruiz de succomber à « la machine pour la machine ». La création doit servir l’usage. Et d’orienter EVI SAS vers la haute technologie (Airbus compte parmi ses clients fidèles) et les produits destinés à l’éducation.

Dans le cadre d’un contrat signé récemment avec le gouvernement guinéen, l’entreprise produira, sur quatre ans, 100 000 tablettes destinées aux étudiants. Le réseau cuivré n’existe pas ? Le produit utilisera la 3G. L’électricité n’est pas assurée partout ? Il fonctionnera sur batterie solaire. Pour contribuer au rayonnement du savoir-faire français, Nicolas Ruiz prône le sur-mesure, car le dirigeant en est convaincu : face à la Chine, point de salut pour la technologie française sans miser sur le haut de gamme.

Si Nicolas Ruiz ne rechigne pas devant les concessions, il n’accepte « aucune  compromission ». En bon caméléon, ses seules limites sont celles fixées par ses partenaires, par son environnement. Il est incapable de se projeter à dix, ou même à cinq ans. À quoi bon, dès lors qu’il se sait capable de tout recommencer ? Il a été pigiste, il a été prof. Il a écrit des livres. Il s’adaptera.

Lieu préféré : Parc de la Cure d'air
Spécialité : les chocolats fins de la Maison des Sœurs Macarons

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