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À mi-mandat, Laurent Hénart fait le point sur l'action municipale

Trois ans après son élection, le Maire de Nancy Laurent Hénart explique ses choix et parle de l’avenir. Protéger, construire et partager sont les piliers de l’action municipale.

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Infographie : Le mandat municipal en un coup d'oeil.

Monsieur le Maire, comment se porte Nancy ?

Regardons autour de nous. Dans un contexte difficile, avec des mutations économiques historiques, beaucoup de chômage et une vague terroriste dramatique qui touche notre pays, les Nancéiens peuvent être fiers de leur ville.Nous nous affirmons comme l’autre capitale du Grand Est, avec Strasbourg, en cultivant notre identité. Au sortir des dernières évolutions territoriales, nous sommes devenus une Métropole qui héberge plusieurs grandes directions de la nouvelle région, comme le Rectorat et l’Agence Régionale de Santé. Cela confirme notre rayonnement et notre excellence historique dans ces domaines. C’est aussi fondamental pour nos emplois, car le secteur public représente un tiers de ceux-ci. En parallèle, nous avons lancé un plan de livraison de 3 000 logements neufs et de 8 000 rénovations sur le mandat, pour continuer d’accueillir de nouveaux habitants. Surtout, alors que la société française se tend, Nancy demeure une ville de concorde, où les différences sont respectées, où la vie associative et culturelle est protégée, où l’on investit dans l’école, où le dialogue est présent. Nous sommes une ville étonnante, qui n’a pas peur du nouveau monde. Une ville ouverte, où la République ne recule pas. Soyons-en conscients et fiers !

Comment se déroule votre action municipale ?

Les engagements pris en 2014 devant les Nancéiens sont tenus. Je suis maire à 100%, sans autre mandat. La majorité municipale est pluraliste, avec des gens issus de nombreuses familles politiques, tous rassemblés autour du projet que nous avons proposé aux Nancéiens. Les habitants peuvent se retrouver, je crois, dans cet esprit d’ouverture, d’autant que j’ai fait le choix de confier des responsabilités importantes à des personnalités de la société civile. Sylvie Petiot se bat pour défendre le commerce et attirer de nouvelles entreprises. Gilbert Thiel fait progresser notre sécurité. Ils apportent du neuf à l’action publique. Je fais aussi confiance aux jeunes, comme Romain Pierronnet, qui développe avec succès les nouveaux services numériques aux Nancéiens. 

En 2014, vous aviez dit que vous seriez un «maire nouveau». Qu’avez-vous fait concrètement en ce sens ?

J’ai dit aux Nancéiens qu’il fallait un maire nouveau non pas par opposition avec André Rossinot, à qui l’on doit beaucoup, mais parce que les temps ont changé. La mondialisation, les budgets serrés et les réseaux sociaux ont mis fin à l’époque où tout ou presque se décidait entre élus et ingénieurs. Nous habitons une cité moderne, dans laquelle les habitants participent aux prises de décisions. Il faut les associer, les écouter et leur faire confiance. Voilà pourquoi nous avons créé les Conseils Citoyens et le Conseil des Entrepreneurs, et mis en place un droit d’interpellation du Conseil Municipal, qui permet de présenter son projet aux élus. Voilà pourquoi je fais 20 réunions de quartier par an. Voilà pourquoi notre nouveau site www.nancy.fr propose désormais 75 services en ligne, contre une quinzaine auparavant. Des projets forts ont également fait l’objet de concertations inédites à Nancy, comme le nouveau skatepark, qu’on a dessiné avec les pratiquants, où le projet architectural du Palais des Ducs de Lorraine, pour lequel plus de 1 100 personnes ont donné leur avis. Toutes ces actions sont reliées par un principe : faire ensemble.

On vous reproche parfois d’avoir augmenté certains tarifs, comme le stationnement et les cantines scolaires. Comment gérez-vous la Ville ?

Ma responsabilité est de mettre les Nancéiens à l’abri des dérives budgétaires, car elles retombent tôt ou tard sur les contribuables. J’ai donc imposé dès le premier jour une « règle de trois » : réduire les frais de fonctionnement, ne pas augmenter les impôts locaux, investir dans les équipements publics. C’est un schéma vertueux, qui protège les finances autant qu’il prépare l’avenir. Malgré la baisse des dotations d’État, nous réussissons à investir plus de 100 M€ sur la période 2014-2020, tout en maîtrisant la dette et avec une fiscalité inchangée. Certes, certains tarifs ont augmenté, mais ils demeurent largement en dessous de ceux qui sont pratiqués dans les autres grandes villes. Le fait d’ajuster les tarifs des services plutôt que d’augmenter les impôts est aussi plus juste et plus clair, puisque ce n’est plus seulement le contribuable qui paye, mais aussi l’usager. J’ajoute que nous avons créé des tarifs nouveaux et justes, comme la cantine à 1 € pour les familles modestes, qui bénéficie à plus de 700 familles.

Comment voyez-vous Nancy en 2025 ?

Nancy doit poursuivre son développement, non pas pour grandir à tout prix mais pour qu’on y vive encore mieux, de façon écoresponsable. Nous y arriverons en cultivant nos points forts. D'abord, une économie locale soutenue par l’innovation et la recherche, et des spécialités reconnues comme la santé, les matériaux, l’énergie, le numérique et les industries culturelles et créatives. Ensuite, des services publics performants, un patrimoine rayonnant, des grands projets, un travail de fond sur les transports et un commerce soutenu. Enfin, bien sûr, une vie quotidienne où la culture, l’éducation, le sport et les associations nous permettent de vivre libres et d’être solidaires. Voilà notre cap. Je veux aussi construire une ville citoyenne, avec des habitants qui se respectent et participent à la vie publique, et une ville bien gérée, où l’on est à l’abri des chocs fiscaux ou des excès de la spéculation, notamment immobilière. Le destin de Nancy, capitale lorraine, est d’être une métropole européenne à taille humaine.

L’avenir de Nancy passe aussi par cette nouvelle métropole. Comment peut-elle améliorer la vie quotidienne et quelles priorités lui donnez-vous ?

Ce passage en métropole est une reconnaissance stratégique pour Nancy sur la carte de France. La métropole, ce sont des transferts de compétences qui vont nous permettre d’avoir des actions plus efficaces, avec une logique de mise en réseau. Pour moi, elle a vocation à couvrir notre zone d’emplois et à associer le sud meurthe-et-mosellan d’ici 2030, et à proposer des services pratiques et utiles : un réseau de transport, une politique harmonieuse de logement et un solide programme de développement économique. Pour cela, il faut engager le dialogue avec les autres intercommunalités, dans la confiance et avec la conviction que c’est le bon choix pour notre territoire, mais aussi le sens de l’Histoire.

Quelles sont les projets ou réalisations concrètes qui traduisent l’esprit de votre action ?

Aujourd’hui, la pertinence d’une politique se mesure autant au sens et à l’éthique de l’action qu’à la livraison de projets. La principale chose qu’on attend d’un responsable politique et de son équipe, c’est qu’il décide et qu’il tienne parole. En 2014, j’ai dit aux Nancéiens : priorité à l’économie, une meilleure sécurité, pas de hausse d’impôts, pas de luttes partisanes, un dialogue citoyen permanent. C’est un contrat que j’entends toujours respecter. Parallèlement, les Nancéiens vont voir de nombreux projets aboutir dans les trois prochaines années, notamment les projets urbains et d’attractivité conduits avec la Métropole, qui demandent du temps pour sortir de terre.

Au quotidien, deux sujets sont souvent source de mécontentement de la part des habitants : la propreté et les transports. Comment répondre aux attentes sur ces points ?

Je les comprends. Sur la propreté, le Ville de Nancy fait un travail de fond pour changer les comportements, avec des mesures de sensibilisation, de prévention et d’éducation, notamment avec la seconde édition des Journées de la Propreté qui se sont tenues fin mars. Il faudra également accentuer la répression à l’avenir. Sur le terrain, nous faisons aussi évoluer les méthodes avec la Métropole, avec l’implantation progressive des conteneurs enterrés, le renforcement des tournées des équipes, le recrutement de chantiers d’insertion pour intervenir plus vite. Les Nancéiens sont pragmatiques. Ils jugeront le passage en Métropole en regardant l’état des trottoirs, la performance des transports en commun et leurs feuilles d’impôts. C’est pour cela que je surveille l’avancement du dossier de renouvellement du Tram et du plan de déplacements. Des décisions et des progrès sont attendus par tous les maires. Et comme Nancy concentre une grande partie des contraintes, je resterai très vigilant.

Le Palais des Ducs de Lorraine est votre grand projet. Où en est-il ?

C’est un projet historique pour Nancy et pour les Nancéiens, qui aiment leur patrimoine, surtout lorsqu’il s’embellit. On l’a vu avec la Place Stanislas en 2005. La rénovation du Palais des Ducs de Lorraine va révéler notre identité et notre histoire, celle d’un duché central dans l’Histoire de l’Europe. Elle va remettre en lumière un site exceptionnel et un musée doté de collections remarquables qui nous éclairent sur notre passé et notre culture. Dans un monde en mouvement, c’est essentiel de savoir d’où l’on vient. Dans la compétition des territoires, patrimoine et culture sont des leviers d’attractivité incontestés. Ce projet est fondamental, aussi, en termes de méthodologie et de façon de conduire une politique. Nous avons consulté, écouté et intégré les avis des experts du patrimoine national et des Nancéiens pour faire évoluer le projet. Aujourd’hui il rassemble la majorité et l’opposition municipale. Il bénéficie du soutien unanime de l’État, de la Région Grand Est et du Conseil Départemental. Le message est clair : tout le monde veut voir un grand Palais des Ducs de Lorraine. Enfin, c’est un projet dont le financement ne fait plus débat. L’ensemble des partenaires permet à la Ville de Nancy de financer seulement 12 des 43 millions d’€ requis.

Vous êtes-vous heurté à des difficultés que vous n’aviez pas anticipées ?

Bien sûr, et ce serait présomptueux de ma part de vous dire le contraire : je pense malheureusement au terrorisme islamiste. Avec Monsieur le Préfet nous avons dû prendre des décisions difficiles pour notre sécurité, en annulant le défilé et le feu d’artifice de Saint Nicolas en 2015, 15 jours après la mise en place de l’état d’urgence. Mais il n’y avait pas d’alternative, c’était le seul choix responsable. Faire face au terrorisme est pour chacun d’entre nous un exercice très difficile. Il faut être ferme sans pour autant prendre des mesures qui dénatureraient notre mode de vie et notre culture. Depuis le début de la terrible vague de terrorisme qui frappe la France, nous avons su renforcer notre arsenal de sécurité tout en maintenant nos grands événements culturels. C’est notre manière de faire face.